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Maroc

la liberté d’expression

Reformes

Le pluralisme

Censure/autocensure

Désinformation

Accès à l'information

Sécurité des journalistes

Modèles économiques des médias

Médias indépendants : états des lieux et défis

Les entretiens ont été menés auprès de journalistes et directeurs de publication. Certains journalistes indépendants sollicités n'ont cependant pas répondu à la demande d'entretien. 

Education aux médias : développement et défis

Genre et médias

Couverture des questions environnementales

Couverture du thème migratoire

Développement et utilisation de l'IA dans les médias

Reporters sans frontières:120/ 180

Freedom House:37/100 Partiellement libre

Index de corruption ( Transparency international) 99/180

 

Le paysage médiatique marocain évolue dans un contexte marqué par des transformations institutionnelles et des difficultés économiques persistantes. En 2025, plusieurs réformes visant à restructurer le secteur de la presse ont été engagées par le gouvernement. Ces évolutions interviennent alors que les conditions d’exercice du journalisme restent fragiles. Dans ce contexte, l’écosystème médiatique national reste confronté à des défis structurels importants.

La liberté d’expression

La liberté d’expression au Maroc est largement encadrée. Bien qu’elle soit formellement garantie par la Constitution, son exercice reste limité par un cadre juridique aux formulations larges. La multiplication des poursuites judiciaires visant des journalistes ou des voix critiques contribue à instaurer un climat d’autocensure, notamment sur des sujets sensibles.

Réformes

En 2025, le gouvernement a lancé plusieurs réformes destinées à moderniser le secteur médiatique, notamment celui de la presse écrite enlisée depuis plusieurs années dans une crise structurelle et institutionnelle. La Chambre des représentants a adopté en fin d’année un projet de loi sur la restructuration du Conseil national de la presse (CNP). Fortement contesté par les professionnels en raison de son influence sur l’indépendance de l’organe d’autorégulation, le projet de loi a finalement été partiellement censuré par la Cour constitutionnelle et fait actuellement l’objet de discussions au Parlement sous une forme modifiée. Parallèlement, un nouveau cadre de soutien public à la presse a été mis en place. Si le budget des subventions a été significativement augmenté, certains critères d’éligibilité plus stricts tels que le nombre minimal de journalistes au sein des rédactions en ligne ou encore le montant du chiffre d’affaires peuvent limiter la participation des structures les plus modestes, notamment les médias régionaux qui pourtant jouent un rôle essentiel dans l’information de proximité. Enfin, dans le secteur audiovisuel, le gouvernement a initié la création d’un holding visant à rassembler les principaux médias publics, dans l’objectif de centraliser leur gestion et de renforcer la coordination de leurs actions.

Le pluralisme

Le paysage médiatique marocain est diversifié : presse écrite, chaînes audiovisuelles et un secteur numérique en pleine expansion, où les médias en ligne favorisent des espaces de débat et de diffusion d’opinions. Cependant, ce pluralisme reste limité par des pressions politiques, économiques et judiciaires qui peuvent influencer l’indépendance éditoriale des médias. Par conséquent, si le pluralisme est bien réel dans sa diversité de supports ou d’acteurs, son cadre demeure formel.

Censure et autocensure

L’autocensure est largement répandue dans la profession, notamment autour de trois thèmes sensibles communément appelés « les lignes rouges » : la monarchie, la religion et la territorialité vis-à-vis de la question du Sahara. En effet, si le Code de la presse a supprimé les sanctions pénales pour les délits d’expression, le Code pénal prévoit des peines d’emprisonnement pour tous discours ou écrits portant atteinte à ces sujets principaux. Certains sujets politiques ou sécuritaires peuvent également faire l’objet de l’autocensure.

La censure pour sa part demeure présente mais se manifeste essentiellement de façon indirecte. Soit par le biais de pressions économiques, notamment à travers le boycott publicitaire, ou par le biais judiciaire.

La peine confirmée en appel en juin 2025 à l’encontre du journaliste Hamid El Mahdaoui, condamné à 18 mois de prison et à une amende de 1,5 million de dirhams (137 000 €) pour diffamation envers le ministre de la Justice, constitue un exemple révélateur.

Désinformation

Fléau planétaire, la désinformation n’épargne pas le Maroc. La multiplication des médias en ligne et le recours de certains médias au sensationnalisme ont accentué le manque de rigueur déontologique et la propagation de fausses nouvelles.

Pour y faire face, plusieurs mécanismes ont été mis en place, à commencer par un dispositif juridique visant à sanctionner la diffusion de fausses nouvelles. Parallèlement, les autorités ont récemment lancé la création d’une cellule de veille et d’analyse pour surveiller les campagnes de désinformation. Du côté des médias, certaines rédactions ont développé des pratiques visant à contrôler les informations virales. Enfin, plusieurs ateliers de formation et de sensibilisation sont organisés pour les professionnels afin de renforcer leurs capacités de vérification. Cependant, malgré ces efforts, la désinformation demeure un défi majeur, notamment en raison de la crise structurelle que traverse le secteur de la presse qui fragilise la production de contenus de qualité et entrave la lutte contre les fake news. Selon le Digital News Report 2025, environ 54 % des Marocains reconnaissent avoir du mal à distinguer le vrai du faux en ligne

Accès à l’information

L’accès à l’information reste limité en raison d’un manque de transparence et de communication de la part des autorités. Bien qu’il existe une loi spécifique, la loi n° 31-13 entrée en vigueur en 2019, celle-ci n’a pas permis de garantir un accès facile et transparent à l’information, en particulier pour les journalistes indépendants. La CDAI (Commission du droit à l’accès à l’information), chargée de veiller à la bonne application de ce droit, a enregistré, depuis sa création, une hausse notable des plaintes déposées, ce qui révèle les limites du dispositif actuel.

Depuis septembre 2024, un débat institutionnel a été lancé pour réviser cette loi, afin de mieux répondre aux exigences d’accessibilité et de surmonter les défis identifiés. Une refonte de la loi pourrait être à l’ordre du jour.

Sécurité des journalistes

La sécurité des journalistes reste fragile et exposée à des risques multiformes : la surveillance numérique, les pressions sur l’entourage, et d’autres formes d’intimidation peuvent être utilisées contre eux lorsqu’ils enquêtent sur des sujets sensibles. La diffamation reste également un outil de répression qui peut être employé pour discréditer des journalistes. Enfin, des poursuites pénales peuvent également être exploitées comme levier contre certaines voix critiques.

Modèles économique des médias

La majorité des médias traditionnels dépendent d’un modèle économique essentiellement tourné vers les subventions publiques et un marché publicitaire peu développé et fortement inégalitaire. Le marché publicitaire (hors affichage) représentait environ 4,9 milliards de dirhams en 2024, la part attribuée à la presse écrite ne représentait que 10,2 %.

Print : 500 millions de dirhams

TV : 2,5 milliards de dirhams

Radio : 1,9 milliard de dirhams

Dans le secteur du numérique où le marché publicitaire a généré entre 2 et 2,5 milliards de dirhams, la majorité des revenus ont été captés par les plateformes internationales, seulement 7 % des revenus, soit 600 millions de dirhams, ont bénéficié aux acteurs locaux. La situation des entreprises de presse reste précaire, la majorité d’entre elles ne dégage pas de bénéfices significatifs et tourne au ralenti en raison de leurs assises financières. Depuis plus de cinq ans, le secteur de la presse bénéficie du soutien exceptionnel mis en place en 2020 durant la crise sanitaire du Covid-19, dans le cadre duquel l’État prend en charge l’intégralité des salaires des journalistes, afin de préserver l’emploi dans les entreprises . Ce dispositif fait toutefois l’objet de critiques de la part du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et d’autres organisations du secteur, qui dénoncent des retards de paiement persistants et un manque de transparence dans la gestion.

L’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME), qui réclame davantage de clarté dans l’attribution des subventions, rappelle que la liste des bénéficiaires n’est plus officiellement publiée depuis 2005.

Médias indépendants: états des lieux et défis

Selon les journalistes interrogés, l’espace des médias indépendants au Maroc s’est réduit ces dernières années, notamment depuis l’instauration en 2020 de l’aide exceptionnelle à la presse qui a renforcé la dépendance d’une partie du secteur envers l’État. Les petites structures exclues de ce système en raison de leurs critères d’inéligibilité, s’appuient quant à elles sur des financements internationaux. Leur lectorat limité, qui restreint l’accès aux revenus publicitaires, les incite à développer des activités de conseil ou de formation afin de maintenir leur fonctionnement. Face à un environnement international en constante évolution, certains médias prévoient de diminuer leur dépendance aux bailleurs de fonds en élaborant des modèles financiers alternatifs — abonnements, contenus premium, membership — dans le but d’assurer leur indépendance et pérenniser leur activité.

Parallèlement, l’essor de formats numériques moins coûteux, tels que les podcasts ou des chaînes YouTube comme celle de Taoufick Bouachrine  — « Kalam Fi Ssiassa  https://www.youtube.com/@Taoufik_bouachrine   qui enregistre près de 313 K abonnés — ouvre de nouveaux espaces d’expression et contribue à renouveler les pratiques journalistiques.

Education aux médias : développement et défis

À l’ère du numérique, l’éducation aux médias, bien qu’essentielle, n’a pas encore été prise en compte par les pouvoirs publics.

À l’exception de quelques initiatives ponctuelles — comme la semaine de l’éducation aux médias dans les écoles (initiée par l’UNESCO), des ateliers et des séminaires organisés par l’ICESCO (Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture) ou encore certaines activités portées par des associations et des institutions publiques — les actions demeurent fragmentées et ne s’inscrivent pas encore dans une stratégie nationale structurée visant l’intégration de cette discipline dans les cursus scolaires. 

Genre et médias

Malgré les avancées législatives et les politiques de promotion de l’égalité des genres au Maroc, les femmes restent sous-représentées tant dans la production de l’information que dans les contenus Selon la HACA, la part des interventions féminines dans les journaux et magazines audiovisuels marocains n’a pas dépassé les 18 % en 2024. Dans la presse écrite, le déficit est tout aussi important, 25 % des articles placent les femmes au centre du récit contre 73 % pour les hommes. Essentiellement cantonnées à des rôles périphériques, elles sont le plus souvent témoins dans des sujets sociaux liés à la famille, à la santé et à d’autres aspects du quotidien. Dans les rédactions les femmes journalistes sont toujours confrontés à des obstacles, tels que la discrimination, le harcèlement, ou encore les préjugés de genre. Enfin les femmes peinent toujours à franchir le plafond de verre, seulement 27 % d’entre-elles occupent des postes à responsabilités dans les médias nationaux. En 2025, sur un total de 3 751 cartes de presse délivrées, 1 136 ont été attribuées à des femmes.

Couverture des questions environnementales

A l’instar des médias de la région MENA, les articles abordant la question environnementale abondent dans les médias marocains, mais les enquêtes approfondies restent exceptionnelles. Le traitement médiatique est le plus souvent factuel, centré sur la description ou la mise en garde, sans approfondissement ni mise en perspective. Cette couverture superficielle laisse le champ libre à une désinformation croissante, largement alimentée par les réseaux sociaux où circulent de nombreuses intox climatiques. Hormis le site d’informations en ligne https://levert.ma/ ou encore la plateforme https://nechfate.ma/, les médias spécialisés sont rares, ce qui limite l’accès à une information détaillée.

Couverture du thème migratoire

Le traitement médiatique des questions migratoires, et plus particulièrement celui de la migration étrangère au Maroc, demeure surtout factuel et cadré. C’est ce qui ressort de l’étude publiée en 2025 par le Réseau marocain des journalistes des migrations (RMJM). Le rapport consacré à la presse écrite et aux médias en ligne, met en lumière des contenus qui laissent très peu de place à l’enquête, privilégiant plutôt les discours officiels, centrés sur la migration irrégulière et les enjeux sécuritaires. Les migrants établis au Maroc sont peu représentés, tandis que les femmes migrantes et les groupes vulnérables restent largement invisibles.

Ce constat s’explique par les difficultés d’accès au terrain pour les journalistes, mais également par les contraintes éditoriales, en raison de la sensibilité du sujet.

Développement et utilisation de l’IA dans les secteurs des médias

L’IA commence a se développer dans plusieurs salles de rédaction marocaines, mais son usage reste encore limité, en raison de son coût et de la difficulté de son appropriation. Son potentiel est exploité essentiellement pour enrichir et améliorer des contenus journalistiques, créer des visuels interactifs, générer des traductions ou encore produire des dépêches sportives et boursières. Certaines initiatives, comme celle de la SNRT, utilisent l’IA pour personnaliser les actualités et automatiser certaines tâches rédactionnelles. Cependant, l’IA reste encore hors de portée pour bon nombre de professionnels du secteur numérique et de l’audiovisuel principalement en raison du manque de formation et de cadre éthique adapté : 67 % des professionnels se déclarent insuffisamment préparés tandis que 33 % estiment que la formation est inexistante. (HACA, 2024/2025).

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