Dossiers Pays
Maroc
La liberté de la presse est garantie par l’article 28 de la Constitution marocaine. Le secteur est régulé par la loi de la presse et de l’édition promulguée en 2016 Code de la presse 2016. Cette loi a abrogé celle de 2002, jugée comme restrictive. Plusieurs prescriptions ont été modifiées, et représentent des avancées. Elles comprennent la suppression de la peine de prison pour les délits de presse, la reconnaissance de la liberté à l’accès à l’information comme un droit constitutionnel, la reconnaissance des médias en ligne en tant que supports médiatiques à part entière. Autre ajustement positif, la création du Conseil national de la presse chargé de superviser la performance des médias et protéger la profession journalistique.
Cependant malgré ces réformes, l’environnement législatif relatif à la liberté de la presse impose des limites. En effet, si le nouveau code de la presse ne prévoit plus de peine de prison, il maintient en revanche la plupart des délits d’expression que prévoyait l’ancien code de 2002. Ces peines introduites par amendement dans le code pénal en juillet 2016, peuvent conduire un journaliste en détention, notamment pour les écrits ou discours publics “portant atteinte” à la monarchie, à la personne du roi, à l’islam et à l’intégrité territoriale du Maroc.
En outre, d’autres lois modifiées ou promulguées ces six dernières années viennent renforcer l’arsenal judiciaire : la loi antiterroriste adoptée après les attentats de Casablanca en 2003 et la loi sur la diffamation promulguée en 2019, qui prévoit des sanctions sévères pour lutter contre la diffamation sur les réseaux sociaux.
Dans le domaine de la loi audiovisuel, malgré la fin du monopole de l’Etat en 2002 avec la création la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) et les diverses lois visant à libéraliser le secteur adoptées en 2005, 2015 et 2016, le domaine reste étroitement contrôlé. En effet, bien que ces lois aient favorisé l’émergence de nouvelles stations de radios privées – Le Maroc compte 19 radios privées en 2022- et des chaînes de télévision publiques -9 chaînes-, le panorama des chaînes de télévision privées ne s’est pas élargi.
Enfin la loi sur l’accès à l’information entrée en vigueur en mars 2020, énumère treize catégories d’informations qui peuvent être exemptées du droit d’accès, comme la défense nationale et la vie privée. Cependant la portée de ces catégories n’est pas précisément définie, ce qui rend l’accès à l’information inéquitable.
La télévision reste la source d’information la plus populaire au Maroc. Le secteur de l’audiovisuel marocain dont les principales chaînes informatives sont 2M et Al Aoula peine toutefois à fédérer un large public, plus enclin à se tourner vers les chaînes satellitaires panarabes,et plus particulièrement la chaîne qatarie Al Jazeera.
Derrière le média de masse, internet est tout aussi répandu, surtout auprès des jeunes Marocains âgés de 18 à 35 ans. 87% d’entre eux s’informent via internet et les réseaux sociaux, où l’information n’est plus uniquement produite par des journalistes professionnels, mais aussi par des journalistes citoyens, influenceurs, blogueurs et créateurs de contenu.
Il n’existe toujours pas de cartographie permettant de recenser le nombre de sites qui inondent la toile marocaine, les estimations variables fluctuent entre 2000 et 5000.
Si la presse traditionnelle a investi l’espace digital, elle peine toutefois à s’y imposer, devancée par l’écrasante popularité des pure players arabophones. Ces médias dont beaucoup traitent l’actualité régionale, nationale et internationale sont parvenus à se faire une place dans le paysage médiatique comme Hespress qui occupe la première place avec 19,3 Millions de visites quotidiennes, ou encore ChoufTV, une Web TV dont la ligne éditoriale axée sur le sensationnalisme, enregistre plus de 18 millions d’abonnés sur sa page Facebook et dépasse le milliard de vues par mois pour l’ensemble de ses vidéos sur YouTube.
La radio pour sa part enregistre sa plus forte pénétration dans les zones urbaines, et rassemble à l’échelle nationale 55% d’auditeurs. La radio publique Mohamed VI du Saint Coran, reste la radio la plus écoutée, suivie de Med Radio qui est en tête des radios commerciales. Ses programmes permettent une participation directe des auditeurs et sont principalement axés sur le divertissement et les sujets sociaux. Selon l’organe de réglementation, il existe au total 35 stations,16 appartiennent à l’Etat et 19 à des entités privées.
Enfin, la presse papier déjà confinée dans les zones urbaines en raison d’un taux d’analphabétisme élevé dans le pays et très fragilisée par une crise structurelle depuis de nombreuses années, n’a pas résisté à l’impact de la crise sanitaire.
Derrière ce pluralisme apparent, le paysage médiatique est marqué par une forte concentration de la propriété des médias entre les mains de quelques groupes privés. L’étude “Radioscopie des propriétaires des médias au Maroc”, réalisée en 2017 par le site d’information marocain Le Desk et l’ONG Reporters sans frontières (RSF), a mis en évidence une concentration importante des médias marocains entre les mains de quelques entreprises et personnalités influentes de la vie politique et économique du pays, ainsi que la Société nationale d’investissement, une holding appartenant à la famille royale.
Le secteur de la radio reste largement contrôlé par l’Etat, mais la propriété est plus diversifiée, avec la présence de petites entreprises. Les radios privées ont connu une croissance rapide au fil des ans, avec une part d’audience en constante augmentation. Le traitement des questions politiques au sein de ces médias reste cependant très restreint. Dans leur ensemble, les stations diffusent des émissions de divertissement, de la musique et des sujets économiques.
Enfin, la loi audiovisuelle marocaine n’autorise pas les stations de radio communautaires à émettre sur les ondes, internet reste le seul média libre au Maroc capable de contourner de telles restrictions. Au nombre de 69 en 2015, elles ne sont plus qu’une quinzaine aujourd’hui.
La pratique de l’autocensure est élevée au Maroc. Les journalistes évitent délibérément les sujets sensibles ou les modifient par peur des représailles. Par ailleurs, l’autocensure ne concerne pas seulement que les sujets politiques, mais également les sujets sociétaux comme la sexualité ou la religion. Selon Le Centre de protection des journalistes (CPJ), près de 80% des professionnels des médias admettent la pratiquer, essentiellement pour des raisons économiques. La censure reste très étendue mais se manifeste essentiellement de façon indirecte, par le biais de pressions économiques.
La multiplication exponentielle des médias en ligne a exacerbé le manque de rigueur déontologique déjà prégnant depuis plusieurs années dans certains médias.
L’accès à l’information est souvent entravé par un manque de transparence et de communication par les autorités. Les journalistes ont souvent du mal à obtenir des informations et à mener des enquêtes approfondies en raison de la réticence des responsables gouvernementaux à divulguer des informations sensibles ou embarrassantes. Le cadre juridique relatif à l’accès à l’information reste insuffisant, bien que le Maroc ait adopté en 2018 une loi relative à la liberté d’accès à l’information, entrée en vigueur en mars 2019, cette loi n’est pas souvent appliquée et n’a pas permis de garantir un accès facile et transparent à l’information, en particulier pour les journalistes indépendants et les médias alternatifs.
La pandémie a contribué à affaiblir une profession déjà fragilisée. Les pertes d’emplois ont été importantes, une cinquantaine de postes supprimés, auxquels s’ajoutent la multiplication des conflits sociaux et des réductions des salariés allant de 20% à 50% durant la période de la crise sanitaire.
L’essor des médias en ligne a conduit à une augmentation significative du nombre de journalistes travaillant dans la presse digitale, aujourd’hui ils représentent 40% de l’effectif des journalistes marocains soit 1360 professionnels de l’information.
Malgré les avancées législatives et les politiques de promotion de l’égalité des sexes au Maroc, les femmes restent sous-représentées dans les médias, où près de 72% des journalistes sont des hommes. Confrontées à des obstacles tels que la discrimination, le harcélement ou les préjugés de genre, elles restent également sous représentées dans les postes de direction et organes de décisions dans les médias marocains. Elles ont également moins d’opportunités de couvrir des sujets sensibles, ce qui limite leur capacité à évoluer professionnellement.. Selon le CNP (Conseil national de la presse) seulement 259 des 1336 journalistes exerçant dans le secteur du numérique et ayant une carte de presse sont femmes (2021)
Les médias indépendants sont souvent créés et gérés par des journalistes soucieux de diffuser une information libre et diversifiée. Cependant, ces médias qui tendent à se concentrer sur des sujets sensibles et fournissent une couverture critique de l’actualité, ont du mal à atteindre un large public et manque de ressources financières, ce qui les empêchent de se développer.
Enfin, au Maroc, la formation au journalisme est assurée par une trentaine de filières universitaires, dont 4 écoles privées et une école publique, l’Institut supérieur de l’information et de la Communication, plus connu sous le sigle ISIC (isic.ac.ma). Créée en 1969, cette institution, la plus ancienne du pays, dispense un enseignement en arabe et en français. Chaque année en moyenne, l’école accueille une centaine de nouveaux inscrits.
En matière d’éducation aux médias, hormis les actions de sensibilisation menées par l’UNESCO au Maroc depuis 2012, à travers “la semaine de l’Éducation aux médias”, les acteurs nationaux tardent toujours à concrétiser leurs engagements dans ce domaine, notamment à travers l’introduction de cette matière dans les programmes de l’éducation nationale. Il n’existe pour l’heure aucun programme liés à l’éducation aux médias dans les cursus scolaires au Maroc.
Dossier bientôt disponible.
Dossier bientôt disponible.
Libye
Cadre juridique et réforme des médias
Genre et violence numérique
Migration et couverture médiatique
Désinformation et IA
Environnement
Surveillance locale
Classement Reporters sans frontières : 137/180 (2025)
Indice Freedom House : 10/100 (2025)
Indice de corruption (Transparency International) : 173/180 (2025)
Ces classements reflètent un environnement médiatique caractérisé par une fragilité structurelle, de faibles garanties institutionnelles et des niveaux élevés de corruption et d’ingérence politique.
Liberté d’expression
La liberté d’expression en Libye demeure fortement restreinte. Les journalistes sont confrontés à l’intimidation, à des pressions constantes de la part des autorités et des groupes armés, et à une autocensure généralisée. Comme le souligne la journaliste Intissar Al- Barassi , ces dernières années, la marge de manœuvre en matière de liberté n’a guère progressé ; au contraire, la liberté d’expression publique a reculé, alimentée par la peur et un sentiment d’impuissance. Elle affirme que, depuis 2014, les pressions persistantes ont transformé les médias en instruments politiques au service des acteurs dominants.
De même, Reda Fhelboom , directeur de l’Organisation libyenne pour les médias indépendants (LOFIM), constate qu’aucune amélioration significative n’a été observée par rapport à l’année précédente. Il souligne le maintien en détention et le procès militaire de la journaliste Salhine Zerouali à Benghazi, en vertu de modifications apportées aux procédures militaires et aux lois antiterroristes qui permettent de juger des civils devant des tribunaux militaires, dans un contexte de faible transparence. Bien qu’aucune nouvelle arrestation n’ait été signalée, les restrictions persistent et les cas de diffamation et d’incitation à la haine à la télévision et sur les réseaux sociaux se sont multipliés. Malgré les violations documentées par l’Autorité générale de surveillance des contenus médiatiques, l’application de la loi reste lente, ce qui renforce les faiblesses structurelles telles que la fragmentation de la gouvernance, l’influence des milices et l’indépendance limitée du pouvoir judiciaire, autant d’obstacles qui continuent de compromettre la liberté d’expression. Si des progrès, certes limités, ont été réalisés – comme en témoignent la légère amélioration du classement de la Libye par Reporters sans frontières et les discussions en cours sur la réforme du système judiciaire –, les défis structurels persistent.
Droit des médias (évolutions récentes)
Aucune nouvelle loi sur les médias n’a été promulguée en 2025. Le journalisme en Libye continue d’être principalement régi par la loi sur les publications (loi n° 76 de 1972), une législation antérieure aux formes modernes de médias et qui ne tient pas compte de la complexité de la radio, de la télévision, des médias numériques ou des plateformes sociales, laissant ainsi les journalistes sans protection juridique ni clarté sur des questions fondamentales telles que l’accréditation, les permis de travail et les droits opérationnels.
Pluralisme
Le paysage médiatique libyen présente une apparence pluraliste, notamment à la télévision, où plusieurs courants politiques sont représentés. Pourtant, cette pluralité reflète une fragmentation politique plutôt qu’une véritable indépendance. La plupart des chaînes sont soit financées par l’État, soit alignées sur les acteurs politiques et militaires dominants, façonnant des discours partisans qui renforcent la polarisation. Comme le souligne Al-Barassi , de nombreux médias revendiquent leur indépendance tout en restant structurellement liés aux centres de pouvoir, ce qui engendre une couverture biaisée et un manque de professionnalisme.
Cette fragmentation est aussi géographique. Fhelboom observe que les médias occidentaux et orientaux critiquent ouvertement les autorités de l’autre camp, Tripoli offrant une marge de manœuvre relativement plus large que l’est ou le sud. Cependant, cette variation ne témoigne pas d’une liberté réelle ; elle reflète plutôt une sphère médiatique divisée où les organes de presse fonctionnent comme des instruments de rapports de force concurrents.
Les radios municipales locales continuent de couvrir les préoccupations quotidiennes des citoyens malgré leur alignement sur les autorités en place, tandis que les radios commerciales privées ont largement délaissé l’information politique au profit du divertissement afin de préserver leurs recettes publicitaires. Les médias indépendants restent rares et la presse écrite a quasiment disparu. La polarisation de ce contexte s’est manifestée lors de la couverture de l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, où les médias ont présenté l’événement selon des clivages factionnels, seule la chaîne Al-Wasat TV faisant preuve d’un professionnalisme relativement supérieur. Le système médiatique libyen reflète les caractéristiques d’un pluralisme polarisé au sein d’un État fragmenté.
Censure et autocensure
S’appuyant sur l’affirmation de l’écrivain et journaliste Saad Al-Asha selon laquelle « l’autocensure réside dans ses conséquences… à savoir éviter une lutte perdue d’avance contre la société », la liberté d’expression en Libye peut être comprise comme étant contrainte par l’interaction entre la pression sociale et les pratiques étatiques. Al-Asha soutient que, contrairement aux États qui protègent activement la liberté d’expression face aux normes sociétales, l’État libyen tend à se conformer à l’opinion publique dominante sous couvert de « moralité publique », renforçant ainsi l’autocensure. Cette dynamique est particulièrement manifeste en ce qui concerne les questions socialement sensibles, que les gouvernements successifs depuis la chute du régime Kadhafi ont largement évité d’aborder. Ces autorités fonctionnent principalement comme des gouvernements intérimaires dépourvus de projets cohérents à long terme, privilégiant les objectifs politiques à court terme au détriment de l’intérêt public ou d’un changement social positif et durable.
En revanche, les questions politiques font l’objet d’une répression directe et brutale. Les journalistes et les critiques qui tentent de dénoncer la corruption ou d’exprimer leur opposition à l’un ou l’autre des gouvernements rivaux s’exposent à des arrestations, des actes de torture, des emprisonnements, des disparitions forcées et des campagnes de diffamation. La détention et la torture du journaliste économique Ahmed Al-Senussi, suite à la publication de documents faisant état de corruption au sein du ministère de l’Économie du gouvernement basé à Tripoli, illustrent ce phénomène, comme l’ont rapporté Human Rights Watch et Al-Quds Al-Arabi. Dans l’est de la Libye, la répression est encore plus généralisée : selon les rapports de Human Rights Watch, les disparitions forcées touchent non seulement des journalistes et des professionnels des médias, mais aussi des parlementaires.
Désinformation et mésinformation
Les médias libyens restent fortement touchés par la désinformation et la mésinformation, notamment dans les affaires politiquement sensibles et médiatisées. Comme le souligne Fhelboom , malgré les nombreux ateliers de formation dispensés aux journalistes et la création de l’Autorité générale de surveillance des contenus médiatiques pour lutter contre les discours de haine et la désinformation, de nombreux médias continuent de s’appuyer sur des informations non vérifiées diffusées sur les réseaux sociaux. Cette pratique a contribué à la large diffusion de fausses informations ou d’informations trompeuses, en particulier lors d’incidents politiques et sécuritaires majeurs, tels que l’assassinat présumé du chef d’état-major Omar Al-Haddad et l’affaire de la blogueuse Khansa Mujahid, où les médias locaux, voire régionaux, ont relayé des allégations non vérifiées provenant de sources anonymes ou politiquement motivées. Selon Fhelboom, ces reportages ont non seulement induit l’opinion publique en erreur, mais ont également compliqué les enquêtes et permis aux médias financés par des intérêts politiques d’instrumentaliser de faux récits à des fins de communication stratégique.
De même, Al- Barassi observe que des initiatives de vérification des faits et de lutte contre la désinformation ont émergé ces cinq dernières années, souvent financées par des bailleurs de fonds internationaux. Ces projets ont contribué à sensibiliser le public à la manipulation, aux fausses informations et à la désinformation numérique, et ont conduit à la création de plusieurs plateformes de vérification des faits. Cependant, la plupart de ces initiatives étaient de courte durée et manquaient de viabilité financière, ce qui a limité leur impact structurel à long terme.
Des rapports publiés en 2025 par des organisations internationales indiquent que la désinformation en Libye demeure étroitement liée à la polarisation politique, à la faiblesse des normes éditoriales et à l’absence de mécanismes institutionnels de vérification robustes. Les médias privilégient souvent la rapidité et l’alignement politique au détriment de la vérification des faits, tandis que les environnements numériques – notamment les réseaux sociaux – constituent les principales sources d’information des journalistes, amplifiant ainsi les récits non vérifiés. Bien que les organes de surveillance et les organisations de la société civile aient documenté des violations et émis des avertissements, l’application de la loi reste lente et fragmentée, et aucune stratégie nationale globale de lutte contre la désinformation n’a été mise en place.
Accès à l’information
Il n’existe actuellement aucune loi en Libye garantissant le droit d’accès à l’information, contrairement à d’autres pays de la région comme la Tunisie. Des journalistes affirment que les institutions gouvernementales récemment mises en place n’ont pas réussi à introduire de réformes significatives pour faciliter l’accès à l’information ni à adopter une législation protégeant le journalisme et renforçant l’indépendance des médias. Elle souligne également l’absence de mesures réglementaires concernant les restrictions de publication, les procédures d’accréditation ou le statut juridique des journalistes indépendants.
Faisant écho à ces préoccupations, la LOFIM souligne que l’accès effectif à l’information demeure largement inexistant dans la pratique, malgré une circulaire gouvernementale du Gouvernement d’union nationale promouvant la transparence dans la publication des données officielles. En réalité, la plupart des institutions publiques continuent de dissimuler des informations aux journalistes et aux médias. Seuls quelques organismes, tels que l’Autorité anticorruption et l’Agence d’enquête sur les crimes financiers, ont fait preuve d’une relative ouverture et ont coopéré avec les organisations de la société civile en fournissant des données pour les enquêtes journalistiques.
Les divisions politiques persistantes et l’incertitude institutionnelle ont accru la vulnérabilité des journalistes, les plaçant dans un état de suspicion aux yeux des autorités, tant dans l’est que dans l’ouest de la Libye. Dans ce contexte, la pratique journalistique est marquée par la prudence et contrainte par l’insécurité, tandis que l’absence d’un syndicat de journalistes unifié fragilise davantage la protection professionnelle collective.
Sécurité des journalistes
En 2025, les journalistes en Libye continuent de faire face à de graves menaces sécuritaires, notamment des arrestations et détentions arbitraires, du harcèlement judiciaire, des menaces et des intimidations, des agressions physiques et la confiscation de matériel par des acteurs étatiques et non étatiques. Les disparitions forcées demeurent une préoccupation majeure, en particulier dans l’est du pays, et l’impunité généralisée dont bénéficient les auteurs de violations des droits des journalistes est un facteur aggravant. Ces risques sont exacerbés par la fragmentation politique, la présence de groupes armés et des cadres juridiques restrictifs qui permettent aux autorités de réprimer les reportages critiques. Les organisations internationales de surveillance ont régulièrement documenté ces violations, soulignant que l’absence de responsabilité et de protections juridiques effectives a instauré un climat de peur qui compromet gravement le journalisme indépendant et la liberté d’expression (Reporters sans frontières, 2024 ; Human Rights Watch, 2025 ; ARTICLE 19, 2024).
Modèles économiques des médias
En Libye, les modèles économiques des médias traditionnels et indépendants divergent considérablement et sont fortement influencés par la fragmentation politique, l’insécurité et la faiblesse des structures de marché. Les chaînes de télévision traditionnelle et les principaux médias fonctionnent généralement grâce à des montages financiers opaques liés à des acteurs politiques, des groupes armés ou des élites économiques proches d’eux. Leurs revenus proviennent essentiellement de la publicité à visée politique, de réseaux de clientélisme ou de subventions gouvernementales directes, plutôt que de revenus liés à l’audience ou au marché. De ce fait, ces médias privilégient l’influence politique et le contrôle du discours à leur viabilité commerciale, ce qui limite fortement leur indépendance éditoriale.
À l’inverse, les médias indépendants – dont beaucoup opèrent en ligne ou depuis l’étranger – fonctionnent en grande partie en dehors des modèles commerciaux conventionnels. Ils dépendent principalement des financements de donateurs, des subventions d’organisations internationales, du soutien ponctuel à des projets et d’une publicité numérique limitée. Si cette structure de financement leur confère une plus grande autonomie éditoriale, elle les rend également financièrement fragiles et très vulnérables aux perturbations ou à la fermeture. Les organisations médiatiques issues de la société civile, telles que l’Organisation libyenne pour les médias indépendants, fonctionnent généralement comme des entités à but non lucratif axées sur le plaidoyer, la formation et la protection de la liberté de la presse plutôt que sur la génération de profits. Des modèles de financement similaires caractérisent les plateformes d’information en ligne et hébergées par des expatriés, telles que Libya Herald et Local Libya, qui dépendent du soutien de donateurs, de partenariats avec la société civile et de la collaboration avec des ONG internationales pour assurer leur fonctionnement. Les organisations internationales de surveillance soulignent régulièrement que l’absence d’un marché publicitaire stable, conjuguée à l’incertitude juridique et aux risques sécuritaires persistants, continue d’entraver le développement de modèles économiques durables et indépendants pour les médias en Libye.
L’éducation aux médias : développement et défis
Les efforts déployés pour renforcer l’éducation aux médias en Libye sont principalement le fruit de projets financés par des organisations internationales. Malgré la production de ressources utiles et d’initiatives de formation, ces projets peinent à obtenir des progrès durables. Ces programmes répètent souvent les mêmes activités année après année et se heurtent à des obstacles tels que la coopération limitée des institutions gouvernementales, ce qui compromet leur capacité à mobiliser le système éducatif et à élargir efficacement la société civile. À un niveau plus professionnel, des organisations de la société civile libyenne, comme l’Organisation libyenne pour les médias indépendants et le Centre libyen pour la liberté de la presse, ont entrepris des initiatives de suivi et de renforcement des capacités visant à améliorer la qualité du journalisme et à promouvoir l’éthique journalistique. Par exemple, ces groupes ont documenté des manquements à la déontologie, plaidé pour un dialogue sur l’établissement d’un code de déontologie des médias et sensibilisé le public aux principes de l’éthique journalistique, dans le cadre de campagnes plus larges pour la réforme des médias (ARTICLE 19, 2025). Cependant, ces efforts sont fréquemment freinés par un manque de financement durable ou par des pressions politiques et sécuritaires croissantes qui restreignent l’activité de la société civile. L’absence d’un cadre solide d’éducation aux médias aggrave encore les difficultés rencontrées par les journalistes et les citoyens qui tentent de s’orienter dans un environnement marqué par une faible liberté de la presse, des limitations juridiques profondément ancrées et des menaces persistantes à la liberté d’expression en Libye.
Genre et médias
En Libye, les femmes journalistes évoluent dans un environnement professionnel extrêmement contraignant, marqué par l’insécurité, la polarisation politique et des normes sociales profondément ancrées. Si elles sont présentes dans les rédactions et les médias, leur participation demeure souvent précaire et leur progression professionnelle est freinée par le harcèlement, les menaces – en ligne comme hors ligne – et l’absence de protection institutionnelle efficace. Comme le souligne Al- Barassi , la marginalisation des femmes et leur exclusion de toute participation politique significative ont un impact direct sur l’agenda médiatique. Malgré l’existence de quotas de genre officiels, la représentation des femmes reste largement symbolique et est fréquemment déterminée par le partage du pouvoir régional ou tribal plutôt que par le mérite, ce qui limite leur influence et leur visibilité. Ce rôle marginal se reflète dans la couverture médiatique, où les questions relatives aux droits des femmes et à l’égalité des genres sont rarement prioritaires. En particulier, la couverture des violences sexistes et domestiques – malgré de nombreux cas impliquant des femmes et des enfants, y compris des incidents mortels signalés en 2025 – est restée sporadique et superficielle. L’incapacité des institutions médiatiques à traiter ces questions de manière critique reflète des contraintes structurelles plus larges, notamment la faiblesse des protections juridiques, la stigmatisation sociale et les freins politiques, qui, ensemble, marginalisent à la fois les femmes journalistes et les questions liées au genre dans la sphère publique libyenne.
Couverture des questions environnementales
Les questions environnementales restent marginalisées dans les médias libyens, en l’absence de médias spécialisés et avec peu de journalistes environnementaux formés. Selon Fhelboom, des sujets tels que la pollution, les dommages environnementaux liés au pétrole, la contamination des eaux souterraines et le changement climatique ne bénéficient que d’une couverture médiatique limitée et régulière, ce qui contribue à la faible pression publique sur les institutions étatiques.
Intissar Al- Barassi constate que, jusqu’à récemment, le journalisme environnemental se limitait essentiellement à la sensibilisation et évitait les enquêtes approfondies. Cependant, lorsque les journalistes ont commencé à examiner les violations environnementales impliquant des acteurs influents, la couverture médiatique s’est heurtée à des pressions et à des tentatives de restriction. La journaliste Hindia Al- Oshaibi décrit de même les difficultés rencontrées par le passé pour accéder aux données environnementales officielles, se reposant souvent sur des associations locales et des sources informelles. Si l’intérêt international pour les questions climatiques a récemment encouragé des approches plus investigatrices, l’engagement reste fragile et inégal.
D’un point de vue international, cette situation contraste avec les cadres promus par l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui mettent l’accent sur le journalisme environnemental comme élément central de la responsabilité, de la transparence et de la participation du public à la gouvernance environnementale.
Couverture du sujet des migrations
En Libye, les journalistes sont confrontés à d’importants obstacles structurels, politiques et professionnels lorsqu’ils couvrent les questions migratoires, ce qui se traduit par des reportages limités, sélectifs et souvent déformés. Comme le souligne Al- Barassi , les médias d’État et progouvernementaux tendent à présenter les migrations du point de vue des autorités dominantes, privilégiant les discours sécuritaires et justifiant parfois des pratiques répressives au nom du « devoir de l’État ». Les migrations sont rarement une priorité dans la ligne éditoriale, et les reportages humanitaires ou axés sur les droits humains approfondis restent marginaux.
La journaliste Hind Al- Oshaibi constate par ailleurs que la couverture médiatique est généralement faible et marquée par des représentations stéréotypées des migrants, souvent perçus comme des criminels, une menace pour la souveraineté ou un fardeau pour la société. Les problématiques touchant les femmes et les enfants migrants – notamment leurs conditions de vie, leur vulnérabilité et les difficultés d’intégration qu’ils rencontrent – sont largement négligées. Des obstacles pratiques au journalisme aggravent ces préjugés : l’accès aux centres de détention ou aux camps informels de migrants est très restreint, et les journalistes peinent à obtenir les autorisations nécessaires, un accès sécurisé ou une documentation fiable, se heurtant parfois à des exigences financières pour un simple accès aux sources ou aux lieux.
Un journaliste et militant reconnu souligne la sensibilité politique des migrations, due à l’implication d’acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux. Il affirme que ce problème représente un véritable fardeau pour le pays, affectant de multiples aspects de la vie quotidienne, et que les journalistes locaux s’exposent à des risques importants lorsqu’ils tentent d’en faire un traitement exhaustif. Si les médias internationaux mettent souvent en lumière les abus et violations documentés – qui sont réels et graves –, ces reportages peuvent occulter les dimensions structurelles et socio-économiques plus larges de la crise. L’arrêt des projets indépendants financés par les donateurs, qui permettaient auparavant des reportages plus équilibrés, a encore réduit l’espace pour une couverture nuancée. Dans un environnement médiatique polarisé et sécuritaire, le journalisme migratoire reste donc contraint par les intérêts politiques, l’hostilité du public, le manque de transparence institutionnelle et les risques pour la sécurité des journalistes.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
Bien qu’encore émergente, l’IA commence à remodeler l’écosystème de la désinformation. Les dynamiques décrites précédemment concernant la désinformation sont de plus en plus liées à l’utilisation non réglementée de l’intelligence artificielle (IA) dans les rédactions libyennes. Comme le souligne le journaliste Al- Barassi , l’IA n’a pas été formellement intégrée aux processus éditoriaux, malgré sa présence informelle croissante dans la pratique journalistique. Il en résulte un environnement fragmenté où les journalistes débutants s’appuient sur des outils d’IA sans contrôle constant, tandis que les instances éditoriales supérieures manquent souvent de moyens pour évaluer les contenus produits avec l’aide de l’IA.
Fhelboom soutient que l’utilisation de l’IA reste en pratique largement instrumentale et motivée par des considérations politiques. Elle est fréquemment employée pour générer du contenu ou des images utilisés dans des attaques partisanes, ou pour créer de faux comptes permettant de diffuser des récits politiquement orientés dans le cadre d’une guerre médiatique permanente. En l’absence de cadres réglementaires ou de formation professionnelle structurée, l’IA s’intègre au même écosystème informationnel polarisé décrit précédemment.
Par conséquent, au lieu d’atténuer la désinformation, les outils d’IA sont souvent absorbés par les schémas existants de contestation politique, amplifiant le contenu manipulé ou synthétique — y compris les images fabriquées et les campagnes narratives coordonnées — et renforçant la dynamique de désinformation plus large qui caractérise le paysage médiatique fragmenté de la Libye.
Libye
Indice Freedom House : 10/100 (2025)
Indice de corruption (Transparency International) : 173/180 (2025)
Ces classements reflètent un environnement médiatique caractérisé par une fragilité structurelle, de faibles garanties institutionnelles et des niveaux élevés de corruption et d’ingérence politique.
Liberté d’expression
La liberté d’expression en Libye demeure fortement restreinte. Les journalistes sont confrontés à l’intimidation, à des pressions constantes de la part des autorités et des groupes armés, et à une autocensure généralisée. Comme le souligne la journaliste Intissar Al- Barassi , ces dernières années, la marge de manœuvre en matière de liberté n’a guère progressé ; au contraire, la liberté d’expression publique a reculé, alimentée par la peur et un sentiment d’impuissance. Elle affirme que, depuis 2014, les pressions persistantes ont transformé les médias en instruments politiques au service des acteurs dominants. De même, Reda Fhelboom , directeur de l’Organisation libyenne pour les médias indépendants (LOFIM), constate qu’aucune amélioration significative n’a été observée par rapport à l’année précédente. Il souligne le maintien en détention et le procès militaire de la journaliste Salhine Zerouali à Benghazi, en vertu de modifications apportées aux procédures militaires et aux lois antiterroristes qui permettent de juger des civils devant des tribunaux militaires, dans un contexte de faible transparence. Bien qu’aucune nouvelle arrestation n’ait été signalée, les restrictions persistent et les cas de diffamation et d’incitation à la haine à la télévision et sur les réseaux sociaux se sont multipliés. Malgré les violations documentées par l’Autorité générale de surveillance des contenus médiatiques, l’application de la loi reste lente, ce qui renforce les faiblesses structurelles telles que la fragmentation de la gouvernance, l’influence des milices et l’indépendance limitée du pouvoir judiciaire, autant d’obstacles qui continuent de compromettre la liberté d’expression. Si des progrès, certes limités, ont été réalisés – comme en témoignent la légère amélioration du classement de la Libye par Reporters sans frontières et les discussions en cours sur la réforme du système judiciaire –, les défis structurels persistent.Droit des médias (évolutions récentes)
Aucune nouvelle loi sur les médias n’a été promulguée en 2025. Le journalisme en Libye continue d’être principalement régi par la loi sur les publications (loi n° 76 de 1972), une législation antérieure aux formes modernes de médias et qui ne tient pas compte de la complexité de la radio, de la télévision, des médias numériques ou des plateformes sociales, laissant ainsi les journalistes sans protection juridique ni clarté sur des questions fondamentales telles que l’accréditation, les permis de travail et les droits opérationnels.Pluralisme
Le paysage médiatique libyen présente une apparence pluraliste, notamment à la télévision, où plusieurs courants politiques sont représentés. Pourtant, cette pluralité reflète une fragmentation politique plutôt qu’une véritable indépendance. La plupart des chaînes sont soit financées par l’État, soit alignées sur les acteurs politiques et militaires dominants, façonnant des discours partisans qui renforcent la polarisation. Comme le souligne Al-Barassi , de nombreux médias revendiquent leur indépendance tout en restant structurellement liés aux centres de pouvoir, ce qui engendre une couverture biaisée et un manque de professionnalisme. Cette fragmentation est aussi géographique. Fhelboom observe que les médias occidentaux et orientaux critiquent ouvertement les autorités de l’autre camp, Tripoli offrant une marge de manœuvre relativement plus large que l’est ou le sud. Cependant, cette variation ne témoigne pas d’une liberté réelle ; elle reflète plutôt une sphère médiatique divisée où les organes de presse fonctionnent comme des instruments de rapports de force concurrents. Les radios municipales locales continuent de couvrir les préoccupations quotidiennes des citoyens malgré leur alignement sur les autorités en place, tandis que les radios commerciales privées ont largement délaissé l’information politique au profit du divertissement afin de préserver leurs recettes publicitaires. Les médias indépendants restent rares et la presse écrite a quasiment disparu. La polarisation de ce contexte s’est manifestée lors de la couverture de l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, où les médias ont présenté l’événement selon des clivages factionnels, seule la chaîne Al-Wasat TV faisant preuve d’un professionnalisme relativement supérieur. Le système médiatique libyen reflète les caractéristiques d’un pluralisme polarisé au sein d’un État fragmenté.Censure et autocensure
S’appuyant sur l’affirmation de l’écrivain et journaliste Saad Al-Asha selon laquelle « l’autocensure réside dans ses conséquences… à savoir éviter une lutte perdue d’avance contre la société », la liberté d’expression en Libye peut être comprise comme étant contrainte par l’interaction entre la pression sociale et les pratiques étatiques. Al-Asha soutient que, contrairement aux États qui protègent activement la liberté d’expression face aux normes sociétales, l’État libyen tend à se conformer à l’opinion publique dominante sous couvert de « moralité publique », renforçant ainsi l’autocensure. Cette dynamique est particulièrement manifeste en ce qui concerne les questions socialement sensibles, que les gouvernements successifs depuis la chute du régime Kadhafi ont largement évité d’aborder. Ces autorités fonctionnent principalement comme des gouvernements intérimaires dépourvus de projets cohérents à long terme, privilégiant les objectifs politiques à court terme au détriment de l’intérêt public ou d’un changement social positif et durable. En revanche, les questions politiques font l’objet d’une répression directe et brutale. Les journalistes et les critiques qui tentent de dénoncer la corruption ou d’exprimer leur opposition à l’un ou l’autre des gouvernements rivaux s’exposent à des arrestations, des actes de torture, des emprisonnements, des disparitions forcées et des campagnes de diffamation. La détention et la torture du journaliste économique Ahmed Al-Senussi, suite à la publication de documents faisant état de corruption au sein du ministère de l’Économie du gouvernement basé à Tripoli, illustrent ce phénomène, comme l’ont rapporté Human Rights Watch et Al-Quds Al-Arabi. Dans l’est de la Libye, la répression est encore plus généralisée : selon les rapports de Human Rights Watch, les disparitions forcées touchent non seulement des journalistes et des professionnels des médias, mais aussi des parlementaires.Désinformation et mésinformation
Les médias libyens restent fortement touchés par la désinformation et la mésinformation, notamment dans les affaires politiquement sensibles et médiatisées. Comme le souligne Fhelboom , malgré les nombreux ateliers de formation dispensés aux journalistes et la création de l’Autorité générale de surveillance des contenus médiatiques pour lutter contre les discours de haine et la désinformation, de nombreux médias continuent de s’appuyer sur des informations non vérifiées diffusées sur les réseaux sociaux. Cette pratique a contribué à la large diffusion de fausses informations ou d’informations trompeuses, en particulier lors d’incidents politiques et sécuritaires majeurs, tels que l’assassinat présumé du chef d’état-major Omar Al-Haddad et l’affaire de la blogueuse Khansa Mujahid, où les médias locaux, voire régionaux, ont relayé des allégations non vérifiées provenant de sources anonymes ou politiquement motivées. Selon Fhelboom, ces reportages ont non seulement induit l’opinion publique en erreur, mais ont également compliqué les enquêtes et permis aux médias financés par des intérêts politiques d’instrumentaliser de faux récits à des fins de communication stratégique. De même, Al- Barassi observe que des initiatives de vérification des faits et de lutte contre la désinformation ont émergé ces cinq dernières années, souvent financées par des bailleurs de fonds internationaux. Ces projets ont contribué à sensibiliser le public à la manipulation, aux fausses informations et à la désinformation numérique, et ont conduit à la création de plusieurs plateformes de vérification des faits. Cependant, la plupart de ces initiatives étaient de courte durée et manquaient de viabilité financière, ce qui a limité leur impact structurel à long terme. Des rapports publiés en 2025 par des organisations internationales indiquent que la désinformation en Libye demeure étroitement liée à la polarisation politique, à la faiblesse des normes éditoriales et à l’absence de mécanismes institutionnels de vérification robustes. Les médias privilégient souvent la rapidité et l’alignement politique au détriment de la vérification des faits, tandis que les environnements numériques – notamment les réseaux sociaux – constituent les principales sources d’information des journalistes, amplifiant ainsi les récits non vérifiés. Bien que les organes de surveillance et les organisations de la société civile aient documenté des violations et émis des avertissements, l’application de la loi reste lente et fragmentée, et aucune stratégie nationale globale de lutte contre la désinformation n’a été mise en place.Accès à l’information
Il n’existe actuellement aucune loi en Libye garantissant le droit d’accès à l’information, contrairement à d’autres pays de la région comme la Tunisie. Des journalistes affirment que les institutions gouvernementales récemment mises en place n’ont pas réussi à introduire de réformes significatives pour faciliter l’accès à l’information ni à adopter une législation protégeant le journalisme et renforçant l’indépendance des médias. Elle souligne également l’absence de mesures réglementaires concernant les restrictions de publication, les procédures d’accréditation ou le statut juridique des journalistes indépendants. Faisant écho à ces préoccupations, la LOFIM souligne que l’accès effectif à l’information demeure largement inexistant dans la pratique, malgré une circulaire gouvernementale du Gouvernement d’union nationale promouvant la transparence dans la publication des données officielles. En réalité, la plupart des institutions publiques continuent de dissimuler des informations aux journalistes et aux médias. Seuls quelques organismes, tels que l’Autorité anticorruption et l’Agence d’enquête sur les crimes financiers, ont fait preuve d’une relative ouverture et ont coopéré avec les organisations de la société civile en fournissant des données pour les enquêtes journalistiques. Les divisions politiques persistantes et l’incertitude institutionnelle ont accru la vulnérabilité des journalistes, les plaçant dans un état de suspicion aux yeux des autorités, tant dans l’est que dans l’ouest de la Libye. Dans ce contexte, la pratique journalistique est marquée par la prudence et contrainte par l’insécurité, tandis que l’absence d’un syndicat de journalistes unifié fragilise davantage la protection professionnelle collective.Sécurité des journalistes
En 2025, les journalistes en Libye continuent de faire face à de graves menaces sécuritaires, notamment des arrestations et détentions arbitraires, du harcèlement judiciaire, des menaces et des intimidations, des agressions physiques et la confiscation de matériel par des acteurs étatiques et non étatiques. Les disparitions forcées demeurent une préoccupation majeure, en particulier dans l’est du pays, et l’impunité généralisée dont bénéficient les auteurs de violations des droits des journalistes est un facteur aggravant. Ces risques sont exacerbés par la fragmentation politique, la présence de groupes armés et des cadres juridiques restrictifs qui permettent aux autorités de réprimer les reportages critiques. Les organisations internationales de surveillance ont régulièrement documenté ces violations, soulignant que l’absence de responsabilité et de protections juridiques effectives a instauré un climat de peur qui compromet gravement le journalisme indépendant et la liberté d’expression (Reporters sans frontières, 2024 ; Human Rights Watch, 2025 ; ARTICLE 19, 2024).Modèles économiques des médias
En Libye, les modèles économiques des médias traditionnels et indépendants divergent considérablement et sont fortement influencés par la fragmentation politique, l’insécurité et la faiblesse des structures de marché. Les chaînes de télévision traditionnelle et les principaux médias fonctionnent généralement grâce à des montages financiers opaques liés à des acteurs politiques, des groupes armés ou des élites économiques proches d’eux. Leurs revenus proviennent essentiellement de la publicité à visée politique, de réseaux de clientélisme ou de subventions gouvernementales directes, plutôt que de revenus liés à l’audience ou au marché. De ce fait, ces médias privilégient l’influence politique et le contrôle du discours à leur viabilité commerciale, ce qui limite fortement leur indépendance éditoriale. À l’inverse, les médias indépendants – dont beaucoup opèrent en ligne ou depuis l’étranger – fonctionnent en grande partie en dehors des modèles commerciaux conventionnels. Ils dépendent principalement des financements de donateurs, des subventions d’organisations internationales, du soutien ponctuel à des projets et d’une publicité numérique limitée. Si cette structure de financement leur confère une plus grande autonomie éditoriale, elle les rend également financièrement fragiles et très vulnérables aux perturbations ou à la fermeture. Les organisations médiatiques issues de la société civile, telles que l’Organisation libyenne pour les médias indépendants, fonctionnent généralement comme des entités à but non lucratif axées sur le plaidoyer, la formation et la protection de la liberté de la presse plutôt que sur la génération de profits. Des modèles de financement similaires caractérisent les plateformes d’information en ligne et hébergées par des expatriés, telles que Libya Herald et Local Libya, qui dépendent du soutien de donateurs, de partenariats avec la société civile et de la collaboration avec des ONG internationales pour assurer leur fonctionnement. Les organisations internationales de surveillance soulignent régulièrement que l’absence d’un marché publicitaire stable, conjuguée à l’incertitude juridique et aux risques sécuritaires persistants, continue d’entraver le développement de modèles économiques durables et indépendants pour les médias en Libye.L’éducation aux médias : développement et défis
Les efforts déployés pour renforcer l’éducation aux médias en Libye sont principalement le fruit de projets financés par des organisations internationales. Malgré la production de ressources utiles et d’initiatives de formation, ces projets peinent à obtenir des progrès durables. Ces programmes répètent souvent les mêmes activités année après année et se heurtent à des obstacles tels que la coopération limitée des institutions gouvernementales, ce qui compromet leur capacité à mobiliser le système éducatif et à élargir efficacement la société civile. À un niveau plus professionnel, des organisations de la société civile libyenne, comme l’Organisation libyenne pour les médias indépendants et le Centre libyen pour la liberté de la presse, ont entrepris des initiatives de suivi et de renforcement des capacités visant à améliorer la qualité du journalisme et à promouvoir l’éthique journalistique. Par exemple, ces groupes ont documenté des manquements à la déontologie, plaidé pour un dialogue sur l’établissement d’un code de déontologie des médias et sensibilisé le public aux principes de l’éthique journalistique, dans le cadre de campagnes plus larges pour la réforme des médias (ARTICLE 19, 2025). Cependant, ces efforts sont fréquemment freinés par un manque de financement durable ou par des pressions politiques et sécuritaires croissantes qui restreignent l’activité de la société civile. L’absence d’un cadre solide d’éducation aux médias aggrave encore les difficultés rencontrées par les journalistes et les citoyens qui tentent de s’orienter dans un environnement marqué par une faible liberté de la presse, des limitations juridiques profondément ancrées et des menaces persistantes à la liberté d’expression en Libye.Genre et médias
En Libye, les femmes journalistes évoluent dans un environnement professionnel extrêmement contraignant, marqué par l’insécurité, la polarisation politique et des normes sociales profondément ancrées. Si elles sont présentes dans les rédactions et les médias, leur participation demeure souvent précaire et leur progression professionnelle est freinée par le harcèlement, les menaces – en ligne comme hors ligne – et l’absence de protection institutionnelle efficace. Comme le souligne Al- Barassi , la marginalisation des femmes et leur exclusion de toute participation politique significative ont un impact direct sur l’agenda médiatique. Malgré l’existence de quotas de genre officiels, la représentation des femmes reste largement symbolique et est fréquemment déterminée par le partage du pouvoir régional ou tribal plutôt que par le mérite, ce qui limite leur influence et leur visibilité. Ce rôle marginal se reflète dans la couverture médiatique, où les questions relatives aux droits des femmes et à l’égalité des genres sont rarement prioritaires. En particulier, la couverture des violences sexistes et domestiques – malgré de nombreux cas impliquant des femmes et des enfants, y compris des incidents mortels signalés en 2025 – est restée sporadique et superficielle. L’incapacité des institutions médiatiques à traiter ces questions de manière critique reflète des contraintes structurelles plus larges, notamment la faiblesse des protections juridiques, la stigmatisation sociale et les freins politiques, qui, ensemble, marginalisent à la fois les femmes journalistes et les questions liées au genre dans la sphère publique libyenne.Couverture des questions environnementales
Les questions environnementales restent marginalisées dans les médias libyens, en l’absence de médias spécialisés et avec peu de journalistes environnementaux formés. Selon Fhelboom, des sujets tels que la pollution, les dommages environnementaux liés au pétrole, la contamination des eaux souterraines et le changement climatique ne bénéficient que d’une couverture médiatique limitée et régulière, ce qui contribue à la faible pression publique sur les institutions étatiques. Intissar Al- Barassi constate que, jusqu’à récemment, le journalisme environnemental se limitait essentiellement à la sensibilisation et évitait les enquêtes approfondies. Cependant, lorsque les journalistes ont commencé à examiner les violations environnementales impliquant des acteurs influents, la couverture médiatique s’est heurtée à des pressions et à des tentatives de restriction. La journaliste Hindia Al- Oshaibi décrit de même les difficultés rencontrées par le passé pour accéder aux données environnementales officielles, se reposant souvent sur des associations locales et des sources informelles. Si l’intérêt international pour les questions climatiques a récemment encouragé des approches plus investigatrices, l’engagement reste fragile et inégal. D’un point de vue international, cette situation contraste avec les cadres promus par l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui mettent l’accent sur le journalisme environnemental comme élément central de la responsabilité, de la transparence et de la participation du public à la gouvernance environnementale.Couverture du sujet des migrations
En Libye, les journalistes sont confrontés à d’importants obstacles structurels, politiques et professionnels lorsqu’ils couvrent les questions migratoires, ce qui se traduit par des reportages limités, sélectifs et souvent déformés. Comme le souligne Al- Barassi , les médias d’État et progouvernementaux tendent à présenter les migrations du point de vue des autorités dominantes, privilégiant les discours sécuritaires et justifiant parfois des pratiques répressives au nom du « devoir de l’État ». Les migrations sont rarement une priorité dans la ligne éditoriale, et les reportages humanitaires ou axés sur les droits humains approfondis restent marginaux. La journaliste Hind Al- Oshaibi constate par ailleurs que la couverture médiatique est généralement faible et marquée par des représentations stéréotypées des migrants, souvent perçus comme des criminels, une menace pour la souveraineté ou un fardeau pour la société. Les problématiques touchant les femmes et les enfants migrants – notamment leurs conditions de vie, leur vulnérabilité et les difficultés d’intégration qu’ils rencontrent – sont largement négligées. Des obstacles pratiques au journalisme aggravent ces préjugés : l’accès aux centres de détention ou aux camps informels de migrants est très restreint, et les journalistes peinent à obtenir les autorisations nécessaires, un accès sécurisé ou une documentation fiable, se heurtant parfois à des exigences financières pour un simple accès aux sources ou aux lieux. Un journaliste et militant reconnu souligne la sensibilité politique des migrations, due à l’implication d’acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux. Il affirme que ce problème représente un véritable fardeau pour le pays, affectant de multiples aspects de la vie quotidienne, et que les journalistes locaux s’exposent à des risques importants lorsqu’ils tentent d’en faire un traitement exhaustif. Si les médias internationaux mettent souvent en lumière les abus et violations documentés – qui sont réels et graves –, ces reportages peuvent occulter les dimensions structurelles et socio-économiques plus larges de la crise. L’arrêt des projets indépendants financés par les donateurs, qui permettaient auparavant des reportages plus équilibrés, a encore réduit l’espace pour une couverture nuancée. Dans un environnement médiatique polarisé et sécuritaire, le journalisme migratoire reste donc contraint par les intérêts politiques, l’hostilité du public, le manque de transparence institutionnelle et les risques pour la sécurité des journalistes.Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
Bien qu’encore émergente, l’IA commence à remodeler l’écosystème de la désinformation. Les dynamiques décrites précédemment concernant la désinformation sont de plus en plus liées à l’utilisation non réglementée de l’intelligence artificielle (IA) dans les rédactions libyennes. Comme le souligne le journaliste Al- Barassi , l’IA n’a pas été formellement intégrée aux processus éditoriaux, malgré sa présence informelle croissante dans la pratique journalistique. Il en résulte un environnement fragmenté où les journalistes débutants s’appuient sur des outils d’IA sans contrôle constant, tandis que les instances éditoriales supérieures manquent souvent de moyens pour évaluer les contenus produits avec l’aide de l’IA. Fhelboom soutient que l’utilisation de l’IA reste en pratique largement instrumentale et motivée par des considérations politiques. Elle est fréquemment employée pour générer du contenu ou des images utilisés dans des attaques partisanes, ou pour créer de faux comptes permettant de diffuser des récits politiquement orientés dans le cadre d’une guerre médiatique permanente. En l’absence de cadres réglementaires ou de formation professionnelle structurée, l’IA s’intègre au même écosystème informationnel polarisé décrit précédemment. Par conséquent, au lieu d’atténuer la désinformation, les outils d’IA sont souvent absorbés par les schémas existants de contestation politique, amplifiant le contenu manipulé ou synthétique — y compris les images fabriquées et les campagnes narratives coordonnées — et renforçant la dynamique de désinformation plus large qui caractérise le paysage médiatique fragmenté de la Libye.Dossier bientôt disponible.
Palestine
Indice de Reporters sans frontières (le plus récent) : 163
Indice Freedom House : Bande de Gaza 2/100. Cisjordanie 22/100
Indice de corruption (Transparency International) : Non disponible
Liberté d’expression
La guerre à Gaza et l’escalade israélienne en Cisjordanie ont des répercussions sur la liberté d’expression, non seulement par le ciblage délibéré de journalistes, mais aussi de manière plus générale. La principale source de préoccupation concernant cette liberté réside dans la polarisation entre ceux qui considèrent les événements du 7 octobre comme une catastrophe pour les Palestiniens et ceux qui affirment qu’Israël ne cherchait pas de prétexte pour détruire la bande de Gaza ou continuer à dénoncer les crimes commis en Cisjordanie. Ce phénomène touche également les critiques du Hamas, qualifiés de « traîtres » ou même accusés de « collaboration » avec Israël. Selon une étude du Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (MADA), la diffamation est l’un des schémas les plus courants auxquels sont confrontés les journalistes, 55,6 % d’entre eux étant victimes de campagnes organisées sur les plateformes numériques pour les diffamer, suivies du piratage et du vol de données à 48,1 %, et de la surveillance électronique à 46,3 %, en plus d’autres formes de violence numérique telles que le harcèlement numérique, les menaces, l’intimidation, les discours de haine et le vol d’identité.
Les réseaux sociaux continuent de jouer un rôle crucial dans la violation de la liberté d’expression en Palestine. Selon le rapport de 7amleh de décembre 2025, « sept violations ont été recensées, impliquant des restrictions de compte, six suppressions de contenu, trois suspensions de compte et deux cas de bannissement fantôme, tandis que cinq autres cas concernaient diverses autres formes de sanctions numériques ».
Droit des médias (évolutions récentes)
Aucune modification fondamentale n’a été apportée à la législation palestinienne relative aux médias. La loi sur la cybercriminalité demeure une préoccupation majeure pour les décideurs politiques, les journalistes et les organisations de la société civile. Suite à de nombreuses objections, le Conseil des ministres palestinien a décidé, le 30 avril 2025, de constituer un comité national chargé de modifier le décret-loi n° 10 de 2018 relatif à la cybercriminalité, aux infractions liées aux communications et aux technologies de l’information, ainsi que ses amendements. Ce comité est composé de représentants du ministère de la Justice, du ministère de l’Intérieur, du parquet, du ministère des Communications et de l’Économie numérique, du Secrétariat général du Conseil des ministres et d’organisations de la société civile. Son objectif est d’examiner les objections et de soumettre des recommandations au gouvernement.
Concernant la loi sur le droit à l’information, le ministère de la Justice a publié un projet de décret-loi le 4 novembre 2025, relançant le débat. Si certains considèrent cette version comme une amélioration par rapport aux précédentes, elle souligne néanmoins la nécessité de traiter plusieurs points fondamentaux, notamment l’élargissement des exceptions liées à la sécurité et aux questions économiques, ainsi que l’absence de dispositions claires garantissant l’harmonisation de la législation et faisant de la loi sur le droit à l’information la référence suprême en cas de conflit. Les partisans de la loi, quant à eux, la considèrent comme un pilier essentiel de la promotion de l’intégrité et de la lutte contre la corruption, du fait de la définition précise des exceptions.
Pluralisme
Malgré le grand nombre de médias en Palestine, la diversité reste superficielle et artificielle, faute de variété, d’innovation et de renouvellement suffisants dans les contenus et les programmes. La plupart des émissions de télévision et de radio, par exemple, suivent le même schéma : elles sont devenues élitistes, donnant la parole principalement à des analystes, des politiciens et des universitaires pour débattre des affaires publiques, tandis que les citoyens ordinaires sont rarement représentés. De nombreux médias palestiniens locaux se sont transformés en outils de propagande pour les partis politiques, notamment avec la guerre à Gaza. Outre ce manque de diversité, l’absence de journalisme d’investigation, hormis quelques rares tentatives, est particulièrement flagrante. De plus, les médias palestiniens n’ont pas assumé leur rôle de contre-pouvoir. La presse écrite n’a pas su intégrer les avancées technologiques du nouveau paysage médiatique numérique et s’est montrée incapable de s’adapter à l’évolution de sa structure organisationnelle et à ses relations avec le jeune public. Ce manque de diversité a contribué à la baisse du lectorat chez les jeunes Palestiniens. Enfin, la presse écrite souffre d’une profonde crise structurelle à tous les niveaux, de la distribution aux comités de rédaction. Ce contexte a permis l’essor des médias sociaux, principalement Facebook, ce qui a engendré une désillusion au sein du public palestinien à l’égard de la démocratie et de la diversité des médias.
Censure et autocensure
En Palestine, il n’existe pas de censure préalable des publications, mais une censure a posteriori, principalement exercée par Israël, à laquelle s’ajoute la censure du système politique palestinien en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que la censure sociale, des entreprises et des annonceurs. Cette situation a conduit les médias et les journalistes à pratiquer une autocensure, ou « pré-censure », sur des sujets tels que les tabous controversés, les critiques politiques ou les questions liées à la corruption. Outre ces formes traditionnelles de censure, les journalistes et militants palestiniens sont victimes de menaces et de violations numériques. Selon une étude du Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (MADA), l’occupation israélienne et les autorités de Cisjordanie et de Gaza utilisent des outils numériques pour surveiller les contenus, bloquer les comptes ou convoquer les journalistes en fonction de leur activité en ligne.
Désinformation et mésinformation
Une étude publiée par l’Observatoire palestinien de la vérification des faits et de l’éducation aux médias (Tahaqaq) a révélé que les contenus trompeurs (47,25 %) dominaient le paysage numérique palestinien en février et mars 2025, suivis des contenus mensongers (44,44 %) et des contenus nuisibles (8,31 %). Le pourcentage élevé de contenus mensongers reflète l’important chevauchement des informations dans le paysage informationnel palestinien, où les erreurs sont fréquentes et peuvent être mal interprétées ou exploitées. Ce type de contenu est souvent attribué à la rediffusion d’informations anciennes, à un manque de connaissances ou à des compétences de rédaction insuffisantes, plutôt qu’à une manipulation directe. L’étude révèle également une nette prédominance des sources individuelles, les pages de particuliers et d’utilisateurs ordinaires ayant contribué le plus à la diffusion de contenus trompeurs et mensongers. Ceci s’explique par le faible niveau de sensibilisation du public à l’information, ainsi que par le fort impact émotionnel des crises, qui favorise la circulation d’informations non vérifiées. Quant aux plateformes d’information, leur danger est double, car elles confèrent aux informations trompeuses une apparence de crédibilité formelle, ce qui contribue à leur diffusion plus large, notamment lorsqu’elles sont citées ou republiées par le biais d’autres plateformes liées à des entités à orientation politique.
La désinformation et la mésinformation font également partie intégrante de la guerre contre Gaza. Une grande partie de ces contenus a été largement diffusée en ligne, avec des dizaines de millions de publications circulant sur les réseaux sociaux. Diverses sources, notamment des responsables gouvernementaux, des médias et des influenceurs des réseaux sociaux dans différents pays, ont contribué à la propagation de ces informations erronées et de cette désinformation. Plusieurs institutions palestiniennes jouent un rôle central dans la lutte contre la désinformation et la mésinformation. Parmi les plus importantes figurent 7amleh , Tahaqaq et Kashif . Par ailleurs, certains médias contribuent de manière significative à la réfutation des récits trompeurs grâce au journalisme d’investigation, en fournissant des reportages documentés qui permettent de contrer la désinformation généralisée concernant la Palestine .
Accès à l’information
L’absence de loi sur le droit à l’information en Palestine crée un terreau fertile pour la propagation de rumeurs, de fausses informations et de désinformation. Ceux qui recherchent des informations et ne les trouvent pas par les voies officielles et légales auront recours à des méthodes alternatives, susceptibles de fournir des informations exactes, des rumeurs, des informations déformées, voire de pures inventions. Le débat national autour de la loi sur le droit à l’information a refait surface suite à la publication du projet de loi pour 2025, initialement proposé il y a plus de vingt ans mais jamais adopté. Le principal problème de ce projet réside dans ses exceptions vagues relatives à des concepts généraux tels que la « sécurité nationale », l’« économie nationale » et l’« intérêt public ». Ces termes pourraient être utilisés pour priver les citoyens d’accès à l’information s’ils ne sont pas définis. De plus, le projet privilégie d’autres lois de nature confidentielle ou sécuritaire en cas de conflit, ce qui risque de rendre la nouvelle loi inefficace. (Voir la section 2 : Législation des médias.)
Journalistes Sécurité
Malgré le cessez-le-feu à Gaza, Israël continue de cibler les journalistes. Le 21 janvier 2026, une frappe de drone israélienne contre un véhicule dans le centre de Gaza a tué le photographe indépendant Abed Shaat, collaborateur régulier de l’Agence France-Presse (AFP), Mohammad Qeshta, porte-parole du Comité égyptien qui diffusait des informations sur son compte Telegram, et Anas Ghnaim, photographe indépendant et opérateur de drone travaillant pour Smart Media. L’attaque a eu lieu alors que les trois journalistes étaient en reportage pour le Comité égyptien.
La Cisjordanie demeure un environnement hostile pour les journalistes. Les attaques contre ces derniers ne sont pas l’apanage des soldats israéliens, mais aussi des colons. Des images vidéo ont montré, à de nombreuses reprises, le ciblage direct et délibéré de journalistes par des soldats israéliens, que ce soit par des agressions physiques, des tirs de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes, et parfois même à balles réelles.
Des colons israéliens, souvent escortés par des soldats, s’en prennent également à des journalistes. L’ agression la plus marquante a eu lieu contre la photojournaliste de Reuters, Ranee Sawafta , qui a échappé à la mort après avoir été violemment battue par des colons dans le village de Beita, au nord de la Cisjordanie. Sawafta était accompagnée de Grant Bowden , conseiller à la sécurité de Reuters, qui a été agressé alors qu’il tentait de la protéger.
Modèles économiques des médias
Dans le contexte politique, économique et social complexe, les modèles économiques des médias en Palestine restent inchangés. Le plus important est celui du financement par les donateurs, dépendant de projets soutenus par des bailleurs de fonds internationaux. Cependant, cette source de financement est aujourd’hui moins importante qu’auparavant, faute de ressources suffisantes à l’origine. L’autre modèle -repose sur la publicité, mais il est limité et irrégulier en raison de la petite taille du marché, des contraintes politiques et économiques, ainsi que de la concurrence de la publicité sur les réseaux sociaux. La plupart des médias adoptent un modèle hybride, à but non lucratif et commercial, combinant financement par les donateurs, publicité et services commerciaux.
Médias indépendants : situation et défis
Les médias indépendants en Palestine constituent un rare espace de liberté d’expression au sein d’un contexte politique complexe, marqué par d’immenses pressions sécuritaires et économiques. Les journalistes indépendants travaillent dans des conditions exceptionnelles, confrontés aux restrictions imposées par l’occupation israélienne – arrestations, harcèlement, interdictions de publication – ainsi qu’à des difficultés internes liées aux divisions et à la polarisation politiques. Parmi les plus importants figurent l’agence de presse Ma’an , le réseau Watan Media Network , le Palestine Media Network , la radio Nisa FM , le réseau Ajyal , la radio 24 FM et la radio jeunesse Shabab FM . Cependant, ces médias font face à des défis considérables. Outre les pressions politiques et sécuritaires, ils souffrent d’un financement insuffisant et, plus récemment, d’une quasi-absence de revenus publicitaires, conséquence de la situation politique et de la concurrence des réseaux sociaux.
Les médias indépendants attirent un large public en quête d’informations fiables, non soumises à l’autorité politique ni aux factions palestiniennes. Ce public se compose de groupes divers, notamment les jeunes, qui constituent la plus grande partie de la société, les militants et les personnes intéressées par les affaires publiques, ainsi que le grand public désireux d’un récit indépendant.
L’éducation aux médias : développement et défis
En Palestine, on observe une intensification des initiatives d’éducation aux médias et à l’information (EMI) visant à promouvoir l’esprit critique et la vérification des faits, notamment face à la propagation de la désinformation. Des institutions telles que le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit , UNESCO Palestine , PYALARA , l’Université ouverte Al-Quds et le ministère de l’Éducation , entre autres, pilotent des programmes et des initiatives de formation complets destinés aux élèves et aux enseignants. Ces programmes mettent l’accent sur la culture numérique, la lutte contre les discours de haine et le cyberharcèlement, ainsi que sur la vérification des faits, contribuant ainsi à la protection de la conscience sociale et nationale.
Malgré cela, l’éducation aux médias et à l’information en Palestine reste confrontée à de nombreux défis : le manque de sensibilisation institutionnelle à l’importance de l’éducation aux médias et à l’information, la pénurie de personnel qualifié pour mettre en œuvre cette éducation, le manque de ressources matérielles et technologiques nécessaires et l’impact des conditions politiques et économiques sur le développement de l’éducation dans ce domaine.
Genre et médias
Le genre est une composante essentielle du paysage médiatique palestinien, tant en termes de représentation féminine dans les rédactions que de nature même du discours médiatique. Les médias palestiniens couvrent largement les problématiques féminines, mais dans un contexte socio-politique extrêmement complexe, où les questions de genre sont inextricablement liées à l’occupation, à la guerre et aux pressions économiques et sociales. Cette couverture est hétérogène : elle va de la mise en lumière du rôle des femmes dans la lutte et la société à l’accent mis sur leurs souffrances quotidiennes, en passant par une critique limitée des structures sociales. Outre les questions liées à l’occupation, les médias palestiniens abordent les problématiques féminines telles que les violences conjugales, la discrimination sur le marché du travail, les mariages précoces et le rôle des femmes en politique et dans la société. Cependant, ces sujets sont souvent relégués au second plan par la couverture politique. Par ailleurs, certains reportages sont influencés par des stéréotypes qui présentent souvent les femmes comme des victimes ou des figures secondaires, au lieu de souligner leur rôle essentiel dans la vie politique et sociale.
Ces dernières années ont vu l’essor d’initiatives médiatiques palestiniennes visant à promouvoir l’égalité des sexes, que ce soit par la production de contenus mettant en lumière les problématiques féminines ou par la formation et l’autonomisation de jeunes journalistes femmes dans le domaine numérique. Les plateformes de médias sociaux ont également joué un rôle important en offrant aux femmes un espace plus vaste pour exprimer leurs opinions et remettre en question les récits traditionnels. Cependant, la mise en place de médias palestiniens plus sensibles à la question du genre reste conditionnée par des réformes institutionnelles, l’élaboration de politiques éditoriales équitables et une transformation culturelle plus profonde au sein de la société.
Couverture des questions environnementales
Les questions environnementales en Palestine sont généralement peu médiatisées, sauf si elles sont directement liées au conflit avec Israël. Par exemple, de nombreux rapports ont traité de l’impact environnemental des déchets chimiques provenant des colonies de Cisjordanie et se déversant sur les terres agricoles palestiniennes, ou des conséquences de la construction du mur de séparation par Israël en Cisjordanie. Pendant la guerre à Gaza, quelques rapports ont été publiés sur les impacts environnementaux du conflit. Ce manque d’attention porté aux questions environnementales s’explique par la priorité accordée par les médias palestiniens à l’actualité brûlante et à leur focalisation sur les informations de dernière minute et les questions liées à l’occupation. Les débats médiatiques sur les questions environnementales sont généralement menés par des organisations de la société civile spécialisées, telles que l’ Institut de recherche appliquée ou le Centre de développement Ma’an , ainsi que par l’ Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement . Par ailleurs, certaines initiatives ont vu le jour. En 2022, l’Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement et le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit ont lancé un programme de formation pour jeunes journalistes environnementaux. Mis en œuvre par Revolve Mediterraneo et financé par l’Agence suédoise de protection de l’environnement, ce programme a réuni 25 étudiants (hommes et femmes) issus de six universités de Cisjordanie et de Gaza : Palestine, Birzeit, Al-Aqsa, Hébron, An-Najah et l’Université ouverte Al-Quds. Ils ont présenté des reportages visuels et écrits abordant divers sujets environnementaux.
Couverture du sujet des migrations
La couverture médiatique des migrations et des déplacements de population est directement liée aux réalités politiques, sociales et économiques vécues par les Palestiniens, tant en Palestine que dans la diaspora. La question migratoire est intrinsèquement liée au conflit. C’est pourquoi les médias palestiniens l’abordent à trois niveaux : les déplacements internes résultant des guerres et de l’agression israélienne ; les migrations externes dues à des circonstances économiques et politiques ; et les déplacements historiques depuis 1948, ainsi que les récits et les droits qui y sont associés.
Les médias palestiniens privilégient la dimension humanitaire, mettant en lumière les souffrances des familles déplacées, la perte de leurs logements et de leurs moyens de subsistance, le sans-abrisme, et accordant une attention particulière aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées. Sur le plan politique, ils soulignent le lien entre les déplacements de population et les politiques israéliennes telles que les déplacements forcés et les sanctions collectives. Ils mettent également en avant le rôle de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains, présentant le récit palestinien en opposition au récit israélien. Sur le plan économique et social, les médias palestiniens s’intéressent à des problématiques telles que la pauvreté, le marché du travail, le chômage et le manque de services et d’infrastructures dans les camps de réfugiés, que ce soit en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ou au sein de la diaspora palestinienne, notamment la situation des réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie. Ils mettent parfois en avant des histoires de réussite et d’intégration en Europe, en Amérique, au Canada et dans d’autres pays d’accueil.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
La Palestine progresse encore lentement vers l’utilisation de l’IA dans les médias, faute de stratégie claire en matière de déontologie et en raison du manque de personnel qualifié et d’expertise dans les technologies liées à l’IA. Parmi les initiatives visant à introduire l’IA dans les rédactions figure une étude réalisée par le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit, financée par l’UNESCO, intitulée « Comment intégrer l’intelligence artificielle dans le journalisme et la formation aux médias ? », compte tenu de son importance croissante dans le secteur des médias .
En octobre 2025, l’ Association mondiale des éditeurs et des créateurs d’informations (WAN IFRA) a tenu une réunion avec les rédacteurs en chef des médias palestiniens pour discuter des moyens d’intégrer l’IA dans les rédactions, en veillant à ce qu’elle serve de partenaire plutôt que de remplaçant aux journalistes.
Bien que la production de contenu utilisant l’IA reste relativement marginale, les médias palestiniens y ont recours dans plusieurs domaines, tels que l’analyse de données massives, la détection de deepfakes et l’accélération de la traduction et de la production de contenu. L’IA contribue également à la surveillance du discours médiatique international sur la question palestinienne et à l’analyse de ses tendances. Toutefois, le principal défi demeure le risque de biais algorithmique et le manque de ressources techniques, ce qui fait du développement d’outils palestiniens indépendants une étape cruciale pour renforcer la présence du récit palestinien dans l’espace numérique.
Palestine
Indice de Reporters sans frontières (le plus récent) : 163
Indice Freedom House : Bande de Gaza 2/100. Cisjordanie 22/100
Indice de corruption (Transparency International) : Non disponible
Liberté d’expression
La guerre à Gaza et l’escalade israélienne en Cisjordanie ont des répercussions sur la liberté d’expression, non seulement par le ciblage délibéré de journalistes, mais aussi de manière plus générale. La principale source de préoccupation concernant cette liberté réside dans la polarisation entre ceux qui considèrent les événements du 7 octobre comme une catastrophe pour les Palestiniens et ceux qui affirment qu’Israël ne cherchait pas de prétexte pour détruire la bande de Gaza ou continuer à dénoncer les crimes commis en Cisjordanie. Ce phénomène touche également les critiques du Hamas, qualifiés de « traîtres » ou même accusés de « collaboration » avec Israël. Selon une étude du Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (MADA), la diffamation est l’un des schémas les plus courants auxquels sont confrontés les journalistes, 55,6 % d’entre eux étant victimes de campagnes organisées sur les plateformes numériques pour les diffamer, suivies du piratage et du vol de données à 48,1 %, et de la surveillance électronique à 46,3 %, en plus d’autres formes de violence numérique telles que le harcèlement numérique, les menaces, l’intimidation, les discours de haine et le vol d’identité.
Les réseaux sociaux continuent de jouer un rôle crucial dans la violation de la liberté d’expression en Palestine. Selon le rapport de 7amleh de décembre 2025, « sept violations ont été recensées, impliquant des restrictions de compte, six suppressions de contenu, trois suspensions de compte et deux cas de bannissement fantôme, tandis que cinq autres cas concernaient diverses autres formes de sanctions numériques ».
Droit des médias (évolutions récentes)
Aucune modification fondamentale n’a été apportée à la législation palestinienne relative aux médias. La loi sur la cybercriminalité demeure une préoccupation majeure pour les décideurs politiques, les journalistes et les organisations de la société civile. Suite à de nombreuses objections, le Conseil des ministres palestinien a décidé, le 30 avril 2025, de constituer un comité national chargé de modifier le décret-loi n° 10 de 2018 relatif à la cybercriminalité, aux infractions liées aux communications et aux technologies de l’information, ainsi que ses amendements. Ce comité est composé de représentants du ministère de la Justice, du ministère de l’Intérieur, du parquet, du ministère des Communications et de l’Économie numérique, du Secrétariat général du Conseil des ministres et d’organisations de la société civile. Son objectif est d’examiner les objections et de soumettre des recommandations au gouvernement.
Concernant la loi sur le droit à l’information, le ministère de la Justice a publié un projet de décret-loi le 4 novembre 2025, relançant le débat. Si certains considèrent cette version comme une amélioration par rapport aux précédentes, elle souligne néanmoins la nécessité de traiter plusieurs points fondamentaux, notamment l’élargissement des exceptions liées à la sécurité et aux questions économiques, ainsi que l’absence de dispositions claires garantissant l’harmonisation de la législation et faisant de la loi sur le droit à l’information la référence suprême en cas de conflit. Les partisans de la loi, quant à eux, la considèrent comme un pilier essentiel de la promotion de l’intégrité et de la lutte contre la corruption, du fait de la définition précise des exceptions.
Pluralisme
Malgré le grand nombre de médias en Palestine, la diversité reste superficielle et artificielle, faute de variété, d’innovation et de renouvellement suffisants dans les contenus et les programmes. La plupart des émissions de télévision et de radio, par exemple, suivent le même schéma : elles sont devenues élitistes, donnant la parole principalement à des analystes, des politiciens et des universitaires pour débattre des affaires publiques, tandis que les citoyens ordinaires sont rarement représentés. De nombreux médias palestiniens locaux se sont transformés en outils de propagande pour les partis politiques, notamment avec la guerre à Gaza. Outre ce manque de diversité, l’absence de journalisme d’investigation, hormis quelques rares tentatives, est particulièrement flagrante. De plus, les médias palestiniens n’ont pas assumé leur rôle de contre-pouvoir. La presse écrite n’a pas su intégrer les avancées technologiques du nouveau paysage médiatique numérique et s’est montrée incapable de s’adapter à l’évolution de sa structure organisationnelle et à ses relations avec le jeune public. Ce manque de diversité a contribué à la baisse du lectorat chez les jeunes Palestiniens. Enfin, la presse écrite souffre d’une profonde crise structurelle à tous les niveaux, de la distribution aux comités de rédaction. Ce contexte a permis l’essor des médias sociaux, principalement Facebook, ce qui a engendré une désillusion au sein du public palestinien à l’égard de la démocratie et de la diversité des médias.
Censure et autocensure
En Palestine, il n’existe pas de censure préalable des publications, mais une censure a posteriori, principalement exercée par Israël, à laquelle s’ajoute la censure du système politique palestinien en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que la censure sociale, des entreprises et des annonceurs. Cette situation a conduit les médias et les journalistes à pratiquer une autocensure, ou « pré-censure », sur des sujets tels que les tabous controversés, les critiques politiques ou les questions liées à la corruption. Outre ces formes traditionnelles de censure, les journalistes et militants palestiniens sont victimes de menaces et de violations numériques. Selon une étude du Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (MADA), l’occupation israélienne et les autorités de Cisjordanie et de Gaza utilisent des outils numériques pour surveiller les contenus, bloquer les comptes ou convoquer les journalistes en fonction de leur activité en ligne.
Désinformation et mésinformation
Une étude publiée par l’Observatoire palestinien de la vérification des faits et de l’éducation aux médias (Tahaqaq) a révélé que les contenus trompeurs (47,25 %) dominaient le paysage numérique palestinien en février et mars 2025, suivis des contenus mensongers (44,44 %) et des contenus nuisibles (8,31 %). Le pourcentage élevé de contenus mensongers reflète l’important chevauchement des informations dans le paysage informationnel palestinien, où les erreurs sont fréquentes et peuvent être mal interprétées ou exploitées. Ce type de contenu est souvent attribué à la rediffusion d’informations anciennes, à un manque de connaissances ou à des compétences de rédaction insuffisantes, plutôt qu’à une manipulation directe. L’étude révèle également une nette prédominance des sources individuelles, les pages de particuliers et d’utilisateurs ordinaires ayant contribué le plus à la diffusion de contenus trompeurs et mensongers. Ceci s’explique par le faible niveau de sensibilisation du public à l’information, ainsi que par le fort impact émotionnel des crises, qui favorise la circulation d’informations non vérifiées. Quant aux plateformes d’information, leur danger est double, car elles confèrent aux informations trompeuses une apparence de crédibilité formelle, ce qui contribue à leur diffusion plus large, notamment lorsqu’elles sont citées ou republiées par le biais d’autres plateformes liées à des entités à orientation politique.
La désinformation et la mésinformation font également partie intégrante de la guerre contre Gaza. Une grande partie de ces contenus a été largement diffusée en ligne, avec des dizaines de millions de publications circulant sur les réseaux sociaux. Diverses sources, notamment des responsables gouvernementaux, des médias et des influenceurs des réseaux sociaux dans différents pays, ont contribué à la propagation de ces informations erronées et de cette désinformation. Plusieurs institutions palestiniennes jouent un rôle central dans la lutte contre la désinformation et la mésinformation. Parmi les plus importantes figurent 7amleh , Tahaqaq et Kashif . Par ailleurs, certains médias contribuent de manière significative à la réfutation des récits trompeurs grâce au journalisme d’investigation, en fournissant des reportages documentés qui permettent de contrer la désinformation généralisée concernant la Palestine .
Accès à l’information
L’absence de loi sur le droit à l’information en Palestine crée un terreau fertile pour la propagation de rumeurs, de fausses informations et de désinformation. Ceux qui recherchent des informations et ne les trouvent pas par les voies officielles et légales auront recours à des méthodes alternatives, susceptibles de fournir des informations exactes, des rumeurs, des informations déformées, voire de pures inventions. Le débat national autour de la loi sur le droit à l’information a refait surface suite à la publication du projet de loi pour 2025, initialement proposé il y a plus de vingt ans mais jamais adopté. Le principal problème de ce projet réside dans ses exceptions vagues relatives à des concepts généraux tels que la « sécurité nationale », l’« économie nationale » et l’« intérêt public ». Ces termes pourraient être utilisés pour priver les citoyens d’accès à l’information s’ils ne sont pas définis. De plus, le projet privilégie d’autres lois de nature confidentielle ou sécuritaire en cas de conflit, ce qui risque de rendre la nouvelle loi inefficace. (Voir la section 2 : Législation des médias.)
Journalistes Sécurité
Malgré le cessez-le-feu à Gaza, Israël continue de cibler les journalistes. Le 21 janvier 2026, une frappe de drone israélienne contre un véhicule dans le centre de Gaza a tué le photographe indépendant Abed Shaat, collaborateur régulier de l’Agence France-Presse (AFP), Mohammad Qeshta, porte-parole du Comité égyptien qui diffusait des informations sur son compte Telegram, et Anas Ghnaim, photographe indépendant et opérateur de drone travaillant pour Smart Media. L’attaque a eu lieu alors que les trois journalistes étaient en reportage pour le Comité égyptien.
La Cisjordanie demeure un environnement hostile pour les journalistes. Les attaques contre ces derniers ne sont pas l’apanage des soldats israéliens, mais aussi des colons. Des images vidéo ont montré, à de nombreuses reprises, le ciblage direct et délibéré de journalistes par des soldats israéliens, que ce soit par des agressions physiques, des tirs de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes, et parfois même à balles réelles.
Des colons israéliens, souvent escortés par des soldats, s’en prennent également à des journalistes. L’ agression la plus marquante a eu lieu contre la photojournaliste de Reuters, Ranee Sawafta , qui a échappé à la mort après avoir été violemment battue par des colons dans le village de Beita, au nord de la Cisjordanie. Sawafta était accompagnée de Grant Bowden , conseiller à la sécurité de Reuters, qui a été agressé alors qu’il tentait de la protéger.
Modèles économiques des médias
Dans le contexte politique, économique et social complexe, les modèles économiques des médias en Palestine restent inchangés. Le plus important est celui du financement par les donateurs, dépendant de projets soutenus par des bailleurs de fonds internationaux. Cependant, cette source de financement est aujourd’hui moins importante qu’auparavant, faute de ressources suffisantes à l’origine. L’autre modèle -repose sur la publicité, mais il est limité et irrégulier en raison de la petite taille du marché, des contraintes politiques et économiques, ainsi que de la concurrence de la publicité sur les réseaux sociaux. La plupart des médias adoptent un modèle hybride, à but non lucratif et commercial, combinant financement par les donateurs, publicité et services commerciaux.
Médias indépendants : situation et défis
Les médias indépendants en Palestine constituent un rare espace de liberté d’expression au sein d’un contexte politique complexe, marqué par d’immenses pressions sécuritaires et économiques. Les journalistes indépendants travaillent dans des conditions exceptionnelles, confrontés aux restrictions imposées par l’occupation israélienne – arrestations, harcèlement, interdictions de publication – ainsi qu’à des difficultés internes liées aux divisions et à la polarisation politiques. Parmi les plus importants figurent l’agence de presse Ma’an , le réseau Watan Media Network , le Palestine Media Network , la radio Nisa FM , le réseau Ajyal , la radio 24 FM et la radio jeunesse Shabab FM . Cependant, ces médias font face à des défis considérables. Outre les pressions politiques et sécuritaires, ils souffrent d’un financement insuffisant et, plus récemment, d’une quasi-absence de revenus publicitaires, conséquence de la situation politique et de la concurrence des réseaux sociaux.
Les médias indépendants attirent un large public en quête d’informations fiables, non soumises à l’autorité politique ni aux factions palestiniennes. Ce public se compose de groupes divers, notamment les jeunes, qui constituent la plus grande partie de la société, les militants et les personnes intéressées par les affaires publiques, ainsi que le grand public désireux d’un récit indépendant.
L’éducation aux médias : développement et défis
En Palestine, on observe une intensification des initiatives d’éducation aux médias et à l’information (EMI) visant à promouvoir l’esprit critique et la vérification des faits, notamment face à la propagation de la désinformation. Des institutions telles que le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit , UNESCO Palestine , PYALARA , l’Université ouverte Al-Quds et le ministère de l’Éducation , entre autres, pilotent des programmes et des initiatives de formation complets destinés aux élèves et aux enseignants. Ces programmes mettent l’accent sur la culture numérique, la lutte contre les discours de haine et le cyberharcèlement, ainsi que sur la vérification des faits, contribuant ainsi à la protection de la conscience sociale et nationale.
Malgré cela, l’éducation aux médias et à l’information en Palestine reste confrontée à de nombreux défis : le manque de sensibilisation institutionnelle à l’importance de l’éducation aux médias et à l’information, la pénurie de personnel qualifié pour mettre en œuvre cette éducation, le manque de ressources matérielles et technologiques nécessaires et l’impact des conditions politiques et économiques sur le développement de l’éducation dans ce domaine.
Genre et médias
Le genre est une composante essentielle du paysage médiatique palestinien, tant en termes de représentation féminine dans les rédactions que de nature même du discours médiatique. Les médias palestiniens couvrent largement les problématiques féminines, mais dans un contexte socio-politique extrêmement complexe, où les questions de genre sont inextricablement liées à l’occupation, à la guerre et aux pressions économiques et sociales. Cette couverture est hétérogène : elle va de la mise en lumière du rôle des femmes dans la lutte et la société à l’accent mis sur leurs souffrances quotidiennes, en passant par une critique limitée des structures sociales. Outre les questions liées à l’occupation, les médias palestiniens abordent les problématiques féminines telles que les violences conjugales, la discrimination sur le marché du travail, les mariages précoces et le rôle des femmes en politique et dans la société. Cependant, ces sujets sont souvent relégués au second plan par la couverture politique. Par ailleurs, certains reportages sont influencés par des stéréotypes qui présentent souvent les femmes comme des victimes ou des figures secondaires, au lieu de souligner leur rôle essentiel dans la vie politique et sociale.
Ces dernières années ont vu l’essor d’initiatives médiatiques palestiniennes visant à promouvoir l’égalité des sexes, que ce soit par la production de contenus mettant en lumière les problématiques féminines ou par la formation et l’autonomisation de jeunes journalistes femmes dans le domaine numérique. Les plateformes de médias sociaux ont également joué un rôle important en offrant aux femmes un espace plus vaste pour exprimer leurs opinions et remettre en question les récits traditionnels. Cependant, la mise en place de médias palestiniens plus sensibles à la question du genre reste conditionnée par des réformes institutionnelles, l’élaboration de politiques éditoriales équitables et une transformation culturelle plus profonde au sein de la société.
Couverture des questions environnementales
Les questions environnementales en Palestine sont généralement peu médiatisées, sauf si elles sont directement liées au conflit avec Israël. Par exemple, de nombreux rapports ont traité de l’impact environnemental des déchets chimiques provenant des colonies de Cisjordanie et se déversant sur les terres agricoles palestiniennes, ou des conséquences de la construction du mur de séparation par Israël en Cisjordanie. Pendant la guerre à Gaza, quelques rapports ont été publiés sur les impacts environnementaux du conflit. Ce manque d’attention porté aux questions environnementales s’explique par la priorité accordée par les médias palestiniens à l’actualité brûlante et à leur focalisation sur les informations de dernière minute et les questions liées à l’occupation. Les débats médiatiques sur les questions environnementales sont généralement menés par des organisations de la société civile spécialisées, telles que l’ Institut de recherche appliquée ou le Centre de développement Ma’an , ainsi que par l’ Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement . Par ailleurs, certaines initiatives ont vu le jour. En 2022, l’Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement et le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit ont lancé un programme de formation pour jeunes journalistes environnementaux. Mis en œuvre par Revolve Mediterraneo et financé par l’Agence suédoise de protection de l’environnement, ce programme a réuni 25 étudiants (hommes et femmes) issus de six universités de Cisjordanie et de Gaza : Palestine, Birzeit, Al-Aqsa, Hébron, An-Najah et l’Université ouverte Al-Quds. Ils ont présenté des reportages visuels et écrits abordant divers sujets environnementaux.
Couverture du sujet des migrations
La couverture médiatique des migrations et des déplacements de population est directement liée aux réalités politiques, sociales et économiques vécues par les Palestiniens, tant en Palestine que dans la diaspora. La question migratoire est intrinsèquement liée au conflit. C’est pourquoi les médias palestiniens l’abordent à trois niveaux : les déplacements internes résultant des guerres et de l’agression israélienne ; les migrations externes dues à des circonstances économiques et politiques ; et les déplacements historiques depuis 1948, ainsi que les récits et les droits qui y sont associés.
Les médias palestiniens privilégient la dimension humanitaire, mettant en lumière les souffrances des familles déplacées, la perte de leurs logements et de leurs moyens de subsistance, le sans-abrisme, et accordant une attention particulière aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées. Sur le plan politique, ils soulignent le lien entre les déplacements de population et les politiques israéliennes telles que les déplacements forcés et les sanctions collectives. Ils mettent également en avant le rôle de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains, présentant le récit palestinien en opposition au récit israélien. Sur le plan économique et social, les médias palestiniens s’intéressent à des problématiques telles que la pauvreté, le marché du travail, le chômage et le manque de services et d’infrastructures dans les camps de réfugiés, que ce soit en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ou au sein de la diaspora palestinienne, notamment la situation des réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie. Ils mettent parfois en avant des histoires de réussite et d’intégration en Europe, en Amérique, au Canada et dans d’autres pays d’accueil.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
La Palestine progresse encore lentement vers l’utilisation de l’IA dans les médias, faute de stratégie claire en matière de déontologie et en raison du manque de personnel qualifié et d’expertise dans les technologies liées à l’IA. Parmi les initiatives visant à introduire l’IA dans les rédactions figure une étude réalisée par le Centre de développement des médias de l’Université de Birzeit, financée par l’UNESCO, intitulée « Comment intégrer l’intelligence artificielle dans le journalisme et la formation aux médias ? », compte tenu de son importance croissante dans le secteur des médias .
En octobre 2025, l’ Association mondiale des éditeurs et des créateurs d’informations (WAN IFRA) a tenu une réunion avec les rédacteurs en chef des médias palestiniens pour discuter des moyens d’intégrer l’IA dans les rédactions, en veillant à ce qu’elle serve de partenaire plutôt que de remplaçant aux journalistes.
Bien que la production de contenu utilisant l’IA reste relativement marginale, les médias palestiniens y ont recours dans plusieurs domaines, tels que l’analyse de données massives, la détection de deepfakes et l’accélération de la traduction et de la production de contenu. L’IA contribue également à la surveillance du discours médiatique international sur la question palestinienne et à l’analyse de ses tendances. Toutefois, le principal défi demeure le risque de biais algorithmique et le manque de ressources techniques, ce qui fait du développement d’outils palestiniens indépendants une étape cruciale pour renforcer la présence du récit palestinien dans l’espace numérique.
La liberté de la presse est inscrite à l’article 15 de la Constitution jordanienne. Le secteur est principalement régulé par la loi sur la presse et les publications et par la loi sur l’audiovisuel qui englobe les publications électroniques. Au cours des 10 dernières années, plusieurs lois spécifiques sont par ailleurs venues empiéter sur la liberté de presse : la loi contre le terrorisme, la loi sur la cybercriminalité (2018)… Aujourd’hui ce sont plus de 20 lois et règlements qui encadrent l’exercice de la liberté de presse.
La loi sur la presse et les publications de 1993 puis de 1998, modifiée à de nombreuses reprises, a permis l’éclosion de nombreux médias privés, accordé la protection des sources et fondé les bases d’un accès à l’information publique. Mais elle a également prévu la mise en place d’une licence pour tout média, imprimerie, librairie ou agence de publicité ou de traduction, d’institut de sondage ou même de centres de recherches. En d’autres termes, l’autorisation est limitée.
Le gouvernement jordanien a adopté en 2011 une Stratégie Nationale des Médias en réponse aux Printemps arabes, stratégie destinée à établir « des médias jordaniens indépendants ancrés dans les principes de liberté, de pluralisme et de professionnalisme ». Pourtant, peu après, en 2011 et 2012, deux amendements à la loi sur la presse ont forcé près de 290 sites d’information à fermer faute de répondre aux nouvelles obligations réglementaires à l’obtention d’une licence de la Commission des Médias.
Libéralisé il y a vingt ans en 2002 avec la fin du monopole de la Jordanian Radio Télévision (JRTV), le secteur de l’audiovisuel est contrôlé. La loi sur les médias audiovisuels a rassemblé les régulateurs (l’un pour la presse écrite, l’autre pour l’audiovisuel) en un seul, la Commission Jordanienne des Médias (JMC). Le financement de cette Commission est entièrement couvert par l’État (€1,5 millions en 2019) et ses membres sont nommés par le Conseil des Ministres à qui il incombe de valider – ou pas – les décisions de la Commission d’attribuer des licences de diffusion aux radios et télévisions. Moins exposée, la Commission de Régulation des Télécoms détermine depuis 1995 les fréquences disponibles et les conditions de diffusion de services télécoms. 39 stations de radios disposent d’une licence dont 20 gouvernementales (et 6 pour des universités).
Le ministère de l’information a été remplacé par des porte-paroles du gouvernement qui exercent la tutelle sur le secteur et les médias d’État, à côté des ministères de la culture, des technologies de l’Information, des finances.
Quant à l’accès à l’information, l’absence d’une Commission indépendante à l’accès à l’information rend caduque toute tentative d’obtenir des informations de façon régulière ou de faire des recours en cas d’obstacle. De plus la pratique de la transparence est sélective : par exemple, la police réserve à sa propre station de radio l’exclusivité des informations de service sur l’état de la circulation.
Les Jordaniens délaissent leurs médias traditionnels (télévision et journaux) et s’informent essentiellement sur les réseaux sociaux : ils étaient connectés à 88% en 2018 contre 23% en 2012. Selon IPSOS (Résultat IPSOS 2018 cité dans le JORDAN MEDIA ASSESSMENT de l’USAID publié en juin 2021), au cours de la même période (entre 2012 et 2018), la consommation de la télévision a baissé de 93% à 80%, de la radio de 30 à 26% et des journaux quotidiens de 18 à 6% (avec des chutes vertigineuses des journaux officiels – Al Rai, Al Ghad et Ad Dustour).
La presse anglophone, dont l’audience est extrêmement marginale au sein de la population jordanienne, est généralement plus libre que la presse arabophone, bien que monotone et uniforme ; elle est destinée à un public essentiellement étranger, diplomates ou membres de ONG.
Parmi les médias commerciaux, la télévision privée Ro’ya et son site internet (http://roya.tv) dominent le marché publicitaire. Ro’ya et quelques radios privées comme Masaj, Dahab et Fun ou encore Rotana FM, se partagent l’audience avec Al Ghad et le site en anglais Jordan News lancé en janvier 2021.
Quelques médias professionnels à mission d’information subsistent sous le statut d’entreprises privées sans pour autant être commerciales : le site 7iber, la radio Al Balad et son site AmmanNet qui tente de fédérer des radios locales et communautaires avec un échange de programmes d’information, ou la webTv Aramram qui ne diffuse que sur les réseaux sociaux.
Les acteurs des médias jordaniens officiels sont organisés au sein de la Jordan Press Association (JPA), syndicat unique affilié jordanien à la Fédération Internationale des Journalistes.
ll n’existe aucune organisation regroupant les médias indépendants ou non-officiels en Jordanie. Les radios communautaires se sont regroupées en une fédération qui réunit les radios Al Balad, Voix de Karak, New Maan radio, Yarmouk FM et Farah Al-Nas, notamment bénéficiaires du programme européen de soutien aux médias jordaniens en 2015. Le Réseau des médias communautaires a rejoint la coalition de 15 organisations de la société civile jordanienne HIMAM.
Le marché jordanien ne peut absorber chaque année la foule de diplômés des sept principales institutions de formation au journalisme. Initiées en 1982 à l’université publique de Yarmouk à Irbid, ces formations restent principalement théoriques et sont assurées par des professeurs qui n’ont jamais été journalistes et qui n’ont pas de lien direct avec les médias. La pratique journalistique, la phase concrète du métier, ne fait donc pas partie de la formation.
Seules deux universités sur sept offrent des cours de médias électroniques. Six universités disposent de studios de production radio et de télévision, et plusieurs publient des journaux étudiants. L’offre est complétée par des formations en master proposé par le Jordan Media Institute (JMI) et par les centres de formation de la télévision nationale, par l’agence de presse officielle et par la Télévision privée Ro’ya.
Une commission indépendante sur l’éducation à la sécularisation travaille à la préparation d’un curriculum éducatif pour y introduire l’éducation aux médias, résultat de l’analyse faite par l’UNESCO en 2015. Une stratégie nationale a été adoptée jusqu’en 2023, avec des formations pour les enseignants du primaire, du secondaire et des universités sous l’égide du Jordan Media Institute (JMI).
Jordanie
La liberté de la presse est inscrite à l’article 15 de la Constitution jordanienne. Le secteur est principalement régulé par la loi sur la presse et les publications et par la loi sur l’audiovisuel qui englobe les publications électroniques. Au cours des 10 dernières années, plusieurs lois spécifiques sont par ailleurs venues empiéter sur la liberté de presse : la loi contre le terrorisme, la loi sur la cybercriminalité (2018)… Aujourd’hui ce sont plus de 20 lois et règlements qui encadrent l’exercice de la liberté de presse.
La loi sur la presse et les publications de 1993 puis de 1998, modifiée à de nombreuses reprises, a permis l’éclosion de nombreux médias privés, accordé la protection des sources et fondé les bases d’un accès à l’information publique. Mais elle a également prévu la mise en place d’une licence pour tout média, imprimerie, librairie ou agence de publicité ou de traduction, d’institut de sondage ou même de centres de recherches. En d’autres termes, l’autorisation est limitée.
Le gouvernement jordanien a adopté en 2011 une Stratégie Nationale des Médias en réponse aux Printemps arabes, stratégie destinée à établir « des médias jordaniens indépendants ancrés dans les principes de liberté, de pluralisme et de professionnalisme ». Pourtant, peu après, en 2011 et 2012, deux amendements à la loi sur la presse ont forcé près de 290 sites d’information à fermer faute de répondre aux nouvelles obligations réglementaires à l’obtention d’une licence de la Commission des Médias.
Libéralisé il y a vingt ans en 2002 avec la fin du monopole de la Jordanian Radio Télévision (JRTV), le secteur de l’audiovisuel est contrôlé. La loi sur les médias audiovisuels a rassemblé les régulateurs (l’un pour la presse écrite, l’autre pour l’audiovisuel) en un seul, la Commission Jordanienne des Médias (JMC). Le financement de cette Commission est entièrement couvert par l’État (€1,5 millions en 2019) et ses membres sont nommés par le Conseil des Ministres à qui il incombe de valider – ou pas – les décisions de la Commission d’attribuer des licences de diffusion aux radios et télévisions. Moins exposée, la Commission de Régulation des Télécoms détermine depuis 1995 les fréquences disponibles et les conditions de diffusion de services télécoms. 39 stations de radios disposent d’une licence dont 20 gouvernementales (et 6 pour des universités).
Le ministère de l’information a été remplacé par des porte-paroles du gouvernement qui exercent la tutelle sur le secteur et les médias d’État, à côté des ministères de la culture, des technologies de l’Information, des finances.
Quant à l’accès à l’information, l’absence d’une Commission indépendante à l’accès à l’information rend caduque toute tentative d’obtenir des informations de façon régulière ou de faire des recours en cas d’obstacle. De plus la pratique de la transparence est sélective : par exemple, la police réserve à sa propre station de radio l’exclusivité des informations de service sur l’état de la circulation.
Les Jordaniens délaissent leurs médias traditionnels (télévision et journaux) et s’informent essentiellement sur les réseaux sociaux : ils étaient connectés à 88% en 2018 contre 23% en 2012. Selon IPSOS (Résultat IPSOS 2018 cité dans le JORDAN MEDIA ASSESSMENT de l’USAID publié en juin 2021), au cours de la même période (entre 2012 et 2018), la consommation de la télévision a baissé de 93% à 80%, de la radio de 30 à 26% et des journaux quotidiens de 18 à 6% (avec des chutes vertigineuses des journaux officiels – Al Rai, Al Ghad et Ad Dustour).
La presse anglophone, dont l’audience est extrêmement marginale au sein de la population jordanienne, est généralement plus libre que la presse arabophone, bien que monotone et uniforme ; elle est destinée à un public essentiellement étranger, diplomates ou membres de ONG.
Parmi les médias commerciaux, la télévision privée Ro’ya et son site internet (http://roya.tv) dominent le marché publicitaire. Ro’ya et quelques radios privées comme Masaj, Dahab et Fun ou encore Rotana FM, se partagent l’audience avec Al Ghad et le site en anglais Jordan News lancé en janvier 2021.
Quelques médias professionnels à mission d’information subsistent sous le statut d’entreprises privées sans pour autant être commerciales : le site 7iber, la radio Al Balad et son site AmmanNet qui tente de fédérer des radios locales et communautaires avec un échange de programmes d’information, ou la webTv Aramram qui ne diffuse que sur les réseaux sociaux.
Les acteurs des médias jordaniens officiels sont organisés au sein de la Jordan Press Association (JPA), syndicat unique affilié jordanien à la Fédération Internationale des Journalistes.
ll n’existe aucune organisation regroupant les médias indépendants ou non-officiels en Jordanie. Les radios communautaires se sont regroupées en une fédération qui réunit les radios Al Balad, Voix de Karak, New Maan radio, Yarmouk FM et Farah Al-Nas, notamment bénéficiaires du programme européen de soutien aux médias jordaniens en 2015. Le Réseau des médias communautaires a rejoint la coalition de 15 organisations de la société civile jordanienne HIMAM.
Le marché jordanien ne peut absorber chaque année la foule de diplômés des sept principales institutions de formation au journalisme. Initiées en 1982 à l’université publique de Yarmouk à Irbid, ces formations restent principalement théoriques et sont assurées par des professeurs qui n’ont jamais été journalistes et qui n’ont pas de lien direct avec les médias. La pratique journalistique, la phase concrète du métier, ne fait donc pas partie de la formation.
Seules deux universités sur sept offrent des cours de médias électroniques. Six universités disposent de studios de production radio et de télévision, et plusieurs publient des journaux étudiants. L’offre est complétée par des formations en master proposé par le Jordan Media Institute (JMI) et par les centres de formation de la télévision nationale, par l’agence de presse officielle et par la Télévision privée Ro’ya.
Une commission indépendante sur l’éducation à la sécularisation travaille à la préparation d’un curriculum éducatif pour y introduire l’éducation aux médias, résultat de l’analyse faite par l’UNESCO en 2015. Une stratégie nationale a été adoptée jusqu’en 2023, avec des formations pour les enseignants du primaire, du secondaire et des universités sous l’égide du Jordan Media Institute (JMI).
Liban
Le système politique confessionnel en vigueur au Liban influence tous les aspects de la vie sociale et politique, y compris le secteur des médias. En conséquence, les forces politiques concurrentes du pays utilisent depuis longtemps les médias comme moyens pour communiquer avec leurs électeurs et cherchent à influencer des journalistes, des écrivains, des intellectuels et des producteurs, et surtout, à façonner le débat public. Cette réalité contradictoire et « plurielle » du système a permis à la liberté d’expression de s’épanouir de façon plus importante que dans d’autres pays de la région. Néanmoins, les interventions de différents partis politiques dans la sphère médiatique engendrent des problèmes d’indépendance éditoriale et de viabilité financière, d’autant plus que différents médias libanais ont des modèles économiques qui dépendent des financements politiques.
Ce système confessionnel renforce par ailleurs les tabous de la société libanaise : tabous institutionnels, tabous religieux et tabous liés au genre et à la sexualité. Malgré le pluralisme médiatique libanais, le monopole de longue date des différentes forces politiques du pays sur le secteur des médias a facilité la diffusion de la propagande d’acteurs politiques pour contrer les oppositions et les groupes marginalisés. Ainsi, depuis 2017, le nombre de violations contre les journalistes, les militants et les influenceurs dans le pays a considérablement augmenté.
Au Liban, les médias sont officiellement régis par un système législatif qui concernent différents secteurs. Actuellement, les textes clés et les plus pertinents sont la loi de 1962 sur la presse, la loi de 1994 sur l’audiovisuel (loi 382), la loi de 1994 sur la diffusion par satellite (loi 531) et la loi de 1947 sur le cinéma. L’exécution de ces lois et procédures est aléatoire et incohérente. Compte tenu de la présence et de l’influence croissantes des sites d’information et des médias alternatifs sur le web, une nouvelle loi sur les médias visant à réglementer ces nouveaux moyens de communication est également en discussion depuis plus d’une décennie.
La question du pluralisme au Liban est étroitement liée au système politique du pays. Le système confessionnel prévaut dans différents aspects de la vie sociale, politique et économique. Par conséquent, le Liban ne suit pas le modèle des médias contrôlés par l’État que l’on trouve généralement dans les régimes autoritaires des pays voisins. Cela a permis un certain degré de pluralisme, stimulant la création de journaux, de magazines et de centres culturels.
Cependant, les lois et réglementations imposent des restrictions aux médias et aux journalistes. Ils doivent ainsi naviguer à travers des politiques répressives et à travers la bureaucratie pour opérer dans le secteur des médias. Bien que le monopole de l’État sur les médias ait été aboli au début des années 1990, un nouveau monopole des chaînes de télévision établies, influencé et affecté par le financement politique, a par ailleurs émergé. Ainsi, un nouveau modèle basé sur la régulation audiovisuelle par des partis et acteurs confessionnels ou politiques s’est peu à peu instauré.
Aujourd’hui, les médias sociaux sont devenus la principale source d’information au Liban. Une grande majorité de la population les utilise. Les réseaux sociaux ont rendu l’accès à l’information plus facile et la capacité de créer et de diffuser du contenu est plus accessible aux entrepreneurs des nouveaux médias. La disponibilité des médias sociaux a favorisé le pluralisme en matière d’expression des opinions.
La création de nouveaux médias au Liban dépend par ailleurs des capacités financières disponibles pour lancer de nouvelles initiatives. Ces dernières années, la situation économique et sécuritaire du pays n’a pas été favorable au lancement de projets médiatiques.
Le contrôle de nombreux médias libanais par des intérêts politiques et/ou économiques constitue un réel problème depuis longtemps. Le projet Media Ownership Monitor (MOM) (lancé par la Fondation Samir Kassir et Reporters sans frontières, en partenariat avec le Global Media Registry) a montré clairement comment les membres de l’élite influente et de la classe politique du pays contrôlent des médias dans le but d’influencer le débat public et de promouvoir leurs intérêts.
La censure au Liban se présente sous diverses formes, en particulier la censure culturelle et la censure politique. La censure culturelle se caractérise notamment par l’interdiction des formes d’expression «sexuelle» et une variété de tabous sociétaux qui émergent dans les films, les concerts, les événements… La censure politique, plus controversée, va de la suppression des critiques implicites visant les personnalités du système politique libanais à l’interdiction d’images et de propos « offensants » à l’égard des régimes des pays voisins.
Dans le contexte libanais, alors que les violations explicites du principe de la liberté d’expression ne sont pas rares, l’autocensure est un sentiment beaucoup plus répandu. Par des actes d’intimidation et de harcèlement, ainsi que par la dépendance financière croissante des journalistes vis-à-vis de leurs médias, les principales forces politiques et services de sécurité du pays peuvent imposer des restrictions indirectes à la liberté d’expression.
Encore peu étudiée dans le contexte libanais, la désinformation est un problème qui fait régulièrement surface dans la sphère médiatique, en particulier sur les médias sociaux. Bien qu’Internet ait été une plateforme relativement utile pour le développement des médias indépendants afin d’atteindre un public plus jeune et en pleine croissance, il faut reconnaître que les réseaux sociaux servent surtout de relais à grande échelle à des forces politiques puissantes et influentes dans le pays. Au Liban, des plateformes telles que Facebook ou Twitter voient leurs pages inondées d’articles et de messages truffés de fausses nouvelles, qui sont diffusées soit délibérément à des fins politiques, soit involontairement, car les électeurs qui les soutiennent sont incapables d’isoler les fausses nouvelles et de produire des informations fiables.
Selon la loi « Accès à l’information » (loi n°28) votée en 2017 (première obligation légale pour l’État de publier les documents financiers et administratifs provenant de différents ministères et départements judiciaires), modifiée en juillet 2021, les journalistes ont le droit de demander tout document qui concerne l’intérêt public. Mais la réalité est beaucoup plus complexe et l’accès à l’information aléatoire, notamment en fonction des intérêts politiques que la publication des informations pourrait gêner.
Les journalistes libanais restent assez peu soutenus par leurs organisations syndicales et professionnelles : la grande majorité des associations et syndicats de presse sont étroitement liés aux principaux partis et personnalités politiques sectaires du pays. En raison de ce manque constant de protection, des journalistes de différentes régions du pays ont créé le Syndicat des médias alternatifs en 2019.
Toutes les études, tous les indicateurs et tous les rapports indiquent que la sécurité fondamentale des journalistes, des professionnels des médias, des reporters, des chercheurs et des écrivains est menacée au Liban. Le pays a connu ces dernières années nombre des violations directes des droits des journalistes, des agressions physiques et même des assassinats. Être journaliste au Liban est un métier à risques.
Sur le plan économique, les difficultés des professionnels du secteur existaient avant la crise mais elles n’ont cessé de se renforcer, d’autant que les journalistes sont peu ou mal protégés. Une étude réalisée par la Fondation Samir Kassir a ainsi mis en lumière les importantes atteintes au droit du travail et aux droits sociaux en général dans le domaine des médias.
Il existe également dans le secteur des médias libanais une problématique concernant les questions de genre. Le ton, la rhétorique, les conditions de travail concernant les questions liées aux femmes et aux membres de la communauté LGBTQ+ présente un réel problème. Cela illustre la façon dont les discours misogynes, sexistes et homophobes imprègnent la sphère médiatique.
Les femmes, la communauté LGBTQ+, les travailleurs migrants et les réfugiés ne sont que quelques exemples de groupes marginalisés qui reçoivent constamment des discours discriminatoires et haineux sur les plateformes de médias sociaux en ligne de différentes chaînes de télévision et journaux. Des recherches récentes menées par la Fondation Samir Kassir montrent que le discours de haine au Liban se traduit en particulier par des commentaires et insultes à caractère sexiste.
Sur le terrain de la formation des journalistes, on peut distinguer deux catégories au Liban : la formation offerte par les organisations internationales, les institutions officielles et les organisations non gouvernementales du pays, et la formation académique formelle offerte dans certaines universités avec un programme complet (Université Libanaise, Université Saint-Joseph, Université Américaine de Beyrouth…).
Enfin, dans le domaine de l’éducation aux médias, un programme complet d’éducation aux médias a été mis en place à l’Université américaine de Beyrouth et à l’Université libanaise américaine. Il existe aujourd’hui un manque de préparation ou d’intervention adéquate de l’État dans ces domaines. La question de l’éducation aux médias reste confinée aux programmes des établissements d’enseignement d’élite. Cependant, la société civile tente de mettre en œuvre des initiatives alternatives afin de développer l’éducation aux médias au Liban.
Liban
Le système politique confessionnel en vigueur au Liban influence tous les aspects de la vie sociale et politique, y compris le secteur des médias. En conséquence, les forces politiques concurrentes du pays utilisent depuis longtemps les médias comme moyens pour communiquer avec leurs électeurs et cherchent à influencer des journalistes, des écrivains, des intellectuels et des producteurs, et surtout, à façonner le débat public. Cette réalité contradictoire et « plurielle » du système a permis à la liberté d’expression de s’épanouir de façon plus importante que dans d’autres pays de la région. Néanmoins, les interventions de différents partis politiques dans la sphère médiatique engendrent des problèmes d’indépendance éditoriale et de viabilité financière, d’autant plus que différents médias libanais ont des modèles économiques qui dépendent des financements politiques.
Ce système confessionnel renforce par ailleurs les tabous de la société libanaise : tabous institutionnels, tabous religieux et tabous liés au genre et à la sexualité. Malgré le pluralisme médiatique libanais, le monopole de longue date des différentes forces politiques du pays sur le secteur des médias a facilité la diffusion de la propagande d’acteurs politiques pour contrer les oppositions et les groupes marginalisés. Ainsi, depuis 2017, le nombre de violations contre les journalistes, les militants et les influenceurs dans le pays a considérablement augmenté.
Au Liban, les médias sont officiellement régis par un système législatif qui concernent différents secteurs. Actuellement, les textes clés et les plus pertinents sont la loi de 1962 sur la presse, la loi de 1994 sur l’audiovisuel (loi 382), la loi de 1994 sur la diffusion par satellite (loi 531) et la loi de 1947 sur le cinéma. L’exécution de ces lois et procédures est aléatoire et incohérente. Compte tenu de la présence et de l’influence croissantes des sites d’information et des médias alternatifs sur le web, une nouvelle loi sur les médias visant à réglementer ces nouveaux moyens de communication est également en discussion depuis plus d’une décennie.
La question du pluralisme au Liban est étroitement liée au système politique du pays. Le système confessionnel prévaut dans différents aspects de la vie sociale, politique et économique. Par conséquent, le Liban ne suit pas le modèle des médias contrôlés par l’État que l’on trouve généralement dans les régimes autoritaires des pays voisins. Cela a permis un certain degré de pluralisme, stimulant la création de journaux, de magazines et de centres culturels.
Cependant, les lois et réglementations imposent des restrictions aux médias et aux journalistes. Ils doivent ainsi naviguer à travers des politiques répressives et à travers la bureaucratie pour opérer dans le secteur des médias. Bien que le monopole de l’État sur les médias ait été aboli au début des années 1990, un nouveau monopole des chaînes de télévision établies, influencé et affecté par le financement politique, a par ailleurs émergé. Ainsi, un nouveau modèle basé sur la régulation audiovisuelle par des partis et acteurs confessionnels ou politiques s’est peu à peu instauré.
Aujourd’hui, les médias sociaux sont devenus la principale source d’information au Liban. Une grande majorité de la population les utilise. Les réseaux sociaux ont rendu l’accès à l’information plus facile et la capacité de créer et de diffuser du contenu est plus accessible aux entrepreneurs des nouveaux médias. La disponibilité des médias sociaux a favorisé le pluralisme en matière d’expression des opinions.
La création de nouveaux médias au Liban dépend par ailleurs des capacités financières disponibles pour lancer de nouvelles initiatives. Ces dernières années, la situation économique et sécuritaire du pays n’a pas été favorable au lancement de projets médiatiques.
Le contrôle de nombreux médias libanais par des intérêts politiques et/ou économiques constitue un réel problème depuis longtemps. Le projet Media Ownership Monitor (MOM) (lancé par la Fondation Samir Kassir et Reporters sans frontières, en partenariat avec le Global Media Registry) a montré clairement comment les membres de l’élite influente et de la classe politique du pays contrôlent des médias dans le but d’influencer le débat public et de promouvoir leurs intérêts.
La censure au Liban se présente sous diverses formes, en particulier la censure culturelle et la censure politique. La censure culturelle se caractérise notamment par l’interdiction des formes d’expression «sexuelle» et une variété de tabous sociétaux qui émergent dans les films, les concerts, les événements… La censure politique, plus controversée, va de la suppression des critiques implicites visant les personnalités du système politique libanais à l’interdiction d’images et de propos « offensants » à l’égard des régimes des pays voisins.
Dans le contexte libanais, alors que les violations explicites du principe de la liberté d’expression ne sont pas rares, l’autocensure est un sentiment beaucoup plus répandu. Par des actes d’intimidation et de harcèlement, ainsi que par la dépendance financière croissante des journalistes vis-à-vis de leurs médias, les principales forces politiques et services de sécurité du pays peuvent imposer des restrictions indirectes à la liberté d’expression.
Encore peu étudiée dans le contexte libanais, la désinformation est un problème qui fait régulièrement surface dans la sphère médiatique, en particulier sur les médias sociaux. Bien qu’Internet ait été une plateforme relativement utile pour le développement des médias indépendants afin d’atteindre un public plus jeune et en pleine croissance, il faut reconnaître que les réseaux sociaux servent surtout de relais à grande échelle à des forces politiques puissantes et influentes dans le pays. Au Liban, des plateformes telles que Facebook ou Twitter voient leurs pages inondées d’articles et de messages truffés de fausses nouvelles, qui sont diffusées soit délibérément à des fins politiques, soit involontairement, car les électeurs qui les soutiennent sont incapables d’isoler les fausses nouvelles et de produire des informations fiables.
Selon la loi « Accès à l’information » (loi n°28) votée en 2017 (première obligation légale pour l’État de publier les documents financiers et administratifs provenant de différents ministères et départements judiciaires), modifiée en juillet 2021, les journalistes ont le droit de demander tout document qui concerne l’intérêt public. Mais la réalité est beaucoup plus complexe et l’accès à l’information aléatoire, notamment en fonction des intérêts politiques que la publication des informations pourrait gêner.
Les journalistes libanais restent assez peu soutenus par leurs organisations syndicales et professionnelles : la grande majorité des associations et syndicats de presse sont étroitement liés aux principaux partis et personnalités politiques sectaires du pays. En raison de ce manque constant de protection, des journalistes de différentes régions du pays ont créé le Syndicat des médias alternatifs en 2019.
Toutes les études, tous les indicateurs et tous les rapports indiquent que la sécurité fondamentale des journalistes, des professionnels des médias, des reporters, des chercheurs et des écrivains est menacée au Liban. Le pays a connu ces dernières années nombre des violations directes des droits des journalistes, des agressions physiques et même des assassinats. Être journaliste au Liban est un métier à risques.
Sur le plan économique, les difficultés des professionnels du secteur existaient avant la crise mais elles n’ont cessé de se renforcer, d’autant que les journalistes sont peu ou mal protégés. Une étude réalisée par la Fondation Samir Kassir a ainsi mis en lumière les importantes atteintes au droit du travail et aux droits sociaux en général dans le domaine des médias.
Il existe également dans le secteur des médias libanais une problématique concernant les questions de genre. Le ton, la rhétorique, les conditions de travail concernant les questions liées aux femmes et aux membres de la communauté LGBTQ+ présente un réel problème. Cela illustre la façon dont les discours misogynes, sexistes et homophobes imprègnent la sphère médiatique.
Les femmes, la communauté LGBTQ+, les travailleurs migrants et les réfugiés ne sont que quelques exemples de groupes marginalisés qui reçoivent constamment des discours discriminatoires et haineux sur les plateformes de médias sociaux en ligne de différentes chaînes de télévision et journaux. Des recherches récentes menées par la Fondation Samir Kassir montrent que le discours de haine au Liban se traduit en particulier par des commentaires et insultes à caractère sexiste.
Sur le terrain de la formation des journalistes, on peut distinguer deux catégories au Liban : la formation offerte par les organisations internationales, les institutions officielles et les organisations non gouvernementales du pays, et la formation académique formelle offerte dans certaines universités avec un programme complet (Université Libanaise, Université Saint-Joseph, Université Américaine de Beyrouth…).
Enfin, dans le domaine de l’éducation aux médias, un programme complet d’éducation aux médias a été mis en place à l’Université américaine de Beyrouth et à l’Université libanaise américaine. Il existe aujourd’hui un manque de préparation ou d’intervention adéquate de l’État dans ces domaines. La question de l’éducation aux médias reste confinée aux programmes des établissements d’enseignement d’élite. Cependant, la société civile tente de mettre en œuvre des initiatives alternatives afin de développer l’éducation aux médias au Liban.
Syrie
Classement Reporters sans frontières : 177/180 (2025)
Indice Freedom House : 5/100 – Pas libre (2025)
Indice de corruption (Transparency International) : 12/100 (2024)
Liberté d’expression
Depuis la Chute du régime d’Assad le 8 décembre 2024, la Syrie a connu une liberté d’expression sans précédent, comme en témoignent les progrès remarquables réalisés dans le classement mondial de la liberté de la presse (2025) de Reporters sans frontières et dans le classement mondial de la liberté (2025) de Freedom House. Selon le ministère de l’Information, 19 200 permis de travail ont été délivrés à des journalistes locaux au cours de l’année écoulée. Toutefois, cette liberté nouvellement acquise n’est protégée ni par la loi ni par des institutions bien établies, notamment des syndicats indépendants.
Droit des médias (évolutions récentes)
Hormis la Déclaration constitutionnelle (Constitution temporaire) du 13 mars 2025, qui stipule que « L’État garantit la liberté d’opinion, d’expression, d’information, de publication et de la presse » (article 13), les médias syriens restent, du moins en théorie, régis par des lois largement répressives datant de l’ère du régime Assad, puisque le nouveau parlement ne s’est pas encore réuni.
Pluralisme
Le pluralisme médiatique syrien a émergé de la révolution de 2011, permettant l’essor de médias indépendants, y compris ceux s’exprimant dans des langues non arabes comme le kurde. Ces médias opéraient en exil et dans des régions hors du contrôle de l’ancien régime d’Assad. Aujourd’hui, on peut affirmer sans risque que ce pluralisme perdure. Depuis la chute du régime précédent, 636 demandes d’enregistrement ont été déposées par des médias.
Censure et autocensure
L’effondrement du régime d’Assad a, par conséquent, entraîné la disparition de nombreux tabous et lignes rouges, notamment concernant le président, sa famille, son entourage, ainsi que l’armée, les forces de sécurité, les questions ethniques et la situation économique. Cependant, l’ambiguïté des lois et les fortes tensions sociales contraignent les journalistes à l’autocensure. Par exemple, des journalistes locaux et étrangers craignent de se voir refuser un visa ou l’accès aux autorités pour avoir critiqué le gouvernement. De plus, ils redoutent des menaces physiques et en ligne de la part du public en raison de leur travail.
Désinformation et mésinformation
Depuis la révolution de 2011, l’actualité syrienne est devenue un terrain fertile pour la désinformation. La chute du régime d’Assad a aggravé la situation, avec des campagnes de désinformation mieux organisées – financées et relayées au niveau régional – visant à délégitimer le nouveau gouvernement syrien et, surtout, à attiser les tensions et les violences sectaires et ethniques entre Syriens. Face à ce phénomène, des plateformes de vérification des faits telles que Verify-Sy, true_platform, Fareq et Radar ont vu le jour. De nombreux médias collaborent également avec des organisations spécialisées pour vérifier leurs informations avant publication. Par ailleurs, le ministère de l’Information a lancé une initiative d’élaboration d’un code de déontologie, comprenant 16 ateliers organisés dans différents gouvernorats et auxquels ont participé 600 journalistes.
Accès à l’information
La Syrie n’a jamais promulgué de loi garantissant le droit d’accès à l’information. Depuis la chute du régime d’Assad, cet accès s’est considérablement amélioré, permettant aux journalistes de travailler plus librement dans le pays. Toutefois, l’accès aux autorités demeure limité, et les journalistes syriens ont exprimé leurs inquiétudes et leur frustration face au traitement de faveur accordé aux journalistes étrangers ou aux journalistes syriens travaillant pour des médias et agences de presse internationaux.
Sécurité des journalistes
Malgré des changements significatifs depuis décembre 2024, les journalistes syriens restent confrontés à de graves menaces. Selon l’Association des journalistes syriens (SJA), basée en France, trois journalistes ont été arrêtés provisoirement par les forces gouvernementales en juin 2025. Par ailleurs, la réactivation par le nouveau gouvernement de la loi n° 20 de 2022 relative à la cybercriminalité constitue une menace réelle, notamment pour les journalistes. Cette loi est critiquée depuis son adoption pour restreindre la liberté d’expression par des restrictions vagues et des sanctions sévères, et l’on constate une forte augmentation des plaintes pour incitation à la haine et sectarisme en ligne.
Cependant, les menaces les plus graves proviennent de l’extérieur du cadre gouvernemental, en raison de problèmes de sécurité, de violences sectaires, de griefs persistants liés à la guerre et de l’instabilité régionale. SJA a recensé l’assassinat de trois journalistes et les blessures infligées à deux autres en mai, juin et juillet 2025 par des individus identifiés. Par ailleurs, plusieurs journalistes ont survécu à des attaques israéliennes dans le sud de la Syrie ou ont été détenus temporairement par les forces israéliennes.
Modèles économiques des médias
En raison de décennies de régime autoritaire, de plus de dix ans de guerre et de sanctions internationales, les médias syriens dépendent désormais fortement, voire exclusivement, de financements extérieurs. Si les organes de presse affiliés au gouvernement bénéficient d’un soutien officiel, les médias indépendants dépendent de l’aide internationale. Par ailleurs, certains médias sont soutenus par des puissances régionales, comme Syria TV, financée par le Qatar. Cependant, l’allègement récent des sanctions pourrait permettre de générer des revenus publicitaires, notamment sur les plateformes et applications de réseaux sociaux.
Médias indépendants : situation et défis
La renaissance des médias indépendants est l’une des conséquences les plus importantes de la révolution de 2011. Parmi les plus notables encore actifs figurent Enab Baladi, Al Jumhuriya, Syria Direct, Syrian Investigative Reporting for Accountability Journalism (SIRAJ), Radio Rozana et Radio Arta. Outre leur dépendance aux financements internationaux, tous ces organes de presse – à l’exception d’Enab Baladi, qui a annoncé en mars 2025 la reprise de son impression et de sa distribution à Damas – sont exclusivement disponibles en ligne, ce qui limite leur portée et leur influence. Selon Datareportal, le taux de pénétration d’Internet en Syrie était de 35,8 % de la population totale début 2025. Plus important encore, ces médias doivent relever le défi d’évoluer et d’influencer un environnement extrêmement polarisé sans compromettre leur objectivité ni leurs autres normes professionnelles.
L’éducation aux médias : développement et défis
La recrudescence de la désinformation et des fausses informations, conjuguée au changement de régime en Syrie, a stimulé l’intérêt pour l’éducation aux médias. Le projet le plus récent et le plus notable est le Laboratoire syrien d’éducation aux médias . Cependant, à ce stade préliminaire, il semble encore principalement axé sur les journalistes.
Genre et médias
Le soulèvement de 2011 a marqué un tournant dans la participation des femmes syriennes aux médias. Cependant, selon une étude de 2016, seules 38 % d’entre elles occupaient des postes à responsabilité. Grâce au soutien des médias indépendants syriens et des bailleurs de fonds internationaux, des efforts notables ont été déployés au cours de l’année écoulée pour renforcer la capacité des femmes journalistes à travers divers programmes de formation et de bourses.
Couverture des questions environnementales
Bien que les médias syriens spécialisés dans les questions environnementales soient rares, voire inexistants, ces préoccupations semblent être une priorité pour les médias et les journalistes existants. Cette prise de conscience et cet intérêt croissants s’expliquent par trois facteurs principaux : les effets environnementaux dévastateurs de la guerre de ces dernières années, les conséquences néfastes évidentes du changement climatique – notamment la sécheresse – et le soutien croissant des bailleurs de fonds au rôle des médias dans la sensibilisation du public et la recherche de solutions.
Couverture du sujet des migrations
Après des années de guerre, la Syrie est devenue un pays d’origine plutôt qu’une destination pour les réfugiés. Toutefois, la question migratoire des réfugiés palestiniens, arrivés dans le pays après la première guerre israélo-arabe de 1948 et qui bénéficient depuis lors de tous les droits civils (mais pas de droits politiques), à l’instar de leurs compatriotes syriens, pose problème. Dans ce contexte, les médias syriens couvrent librement et favorablement toute situation concernant les Syriens-Palestiniens.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
Trois positions distinctes se dégagent au sein des médias syriens concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Parmi les organes de presse indépendants en exil, certains estiment que l’IA dénature l’essence même du journalisme. D’autres, à l’inverse, sont convaincus qu’une utilisation judicieuse de cette technologie pourrait améliorer la qualité et la portée des médias. Par ailleurs, en raison de nombreux problèmes techniques, notamment une connexion internet insuffisante, les médias locaux semblent incapables de participer à ce débat.
Syrie
Classement Reporters sans frontières : 177/180 (2025)
Indice Freedom House : 5/100 – Non gratuit (2025)
Indice de corruption (Transparency International) : 12/100 (2024)
Liberté d’expression
Depuis la Chute du régime d’Assad le 8 décembre 2024, la Syrie a connu une liberté d’expression sans précédent, comme en témoignent les progrès remarquables réalisés dans le classement mondial de la liberté de la presse (2025) de Reporters sans frontières et dans le classement mondial de la liberté (2025) de Freedom House. Selon le ministère de l’Information, 19 200 permis de travail ont été délivrés à des journalistes locaux au cours de l’année écoulée. Toutefois, cette liberté nouvellement acquise n’est protégée ni par la loi ni par des institutions bien établies, notamment des syndicats indépendants.
Droit des médias (évolutions récentes)
Hormis la Déclaration constitutionnelle (Constitution temporaire) du 13 mars 2025, qui stipule que « L’État garantit la liberté d’opinion, d’expression, d’information, de publication et de la presse » (article 13), les médias syriens restent, du moins en théorie, régis par des lois largement répressives datant de l’ère du régime Assad, puisque le nouveau parlement ne s’est pas encore réuni.
Pluralisme
Le pluralisme médiatique syrien a émergé de la révolution de 2011, permettant l’essor de médias indépendants, y compris ceux s’exprimant dans des langues non arabes comme le kurde. Ces médias opéraient en exil et dans des régions hors du contrôle de l’ancien régime d’Assad. Aujourd’hui, on peut affirmer sans risque que ce pluralisme perdure. Depuis la chute du régime précédent, 636 demandes d’enregistrement ont été déposées par des médias.
Censure et autocensure
L’effondrement du régime d’Assad a, par conséquent, entraîné la disparition de nombreux tabous et lignes rouges, notamment concernant le président, sa famille, son entourage, ainsi que l’armée, les forces de sécurité, les questions ethniques et la situation économique. Cependant, l’ambiguïté des lois et les fortes tensions sociales contraignent les journalistes à l’autocensure. Par exemple, des journalistes locaux et étrangers craignent de se voir refuser un visa ou l’accès aux autorités pour avoir critiqué le gouvernement. De plus, ils redoutent des menaces physiques et en ligne de la part du public en raison de leur travail.
Désinformation et mésinformation
Depuis la révolution de 2011, l’actualité syrienne est devenue un terrain fertile pour la désinformation. La chute du régime d’Assad a aggravé la situation, avec des campagnes de désinformation mieux organisées – financées et relayées au niveau régional – visant à délégitimer le nouveau gouvernement syrien et, surtout, à attiser les tensions et les violences sectaires et ethniques entre Syriens. Face à ce phénomène, des plateformes de vérification des faits telles que Verify-Sy, true_platform, Fareq et Radar ont vu le jour. De nombreux médias collaborent également avec des organisations spécialisées pour vérifier leurs informations avant publication. Par ailleurs, le ministère de l’Information a lancé une initiative d’élaboration d’un code de déontologie, comprenant 16 ateliers organisés dans différents gouvernorats et auxquels ont participé 600 journalistes.
Accès à l’information
La Syrie n’a jamais promulgué de loi garantissant le droit d’accès à l’information. Depuis la chute du régime d’Assad, cet accès s’est considérablement amélioré, permettant aux journalistes de travailler plus librement dans le pays. Toutefois, l’accès aux autorités demeure limité, et les journalistes syriens ont exprimé leurs inquiétudes et leur frustration face au traitement de faveur accordé aux journalistes étrangers ou aux journalistes syriens travaillant pour des médias et agences de presse internationaux.
Sécurité des journalistes
Malgré des changements significatifs depuis décembre 2024, les journalistes syriens restent confrontés à de graves menaces. Selon l’Association des journalistes syriens (SJA), basée en France, trois journalistes ont été arrêtés provisoirement par les forces gouvernementales en juin 2025. Par ailleurs, la réactivation par le nouveau gouvernement de la loi n° 20 de 2022 relative à la cybercriminalité constitue une menace réelle, notamment pour les journalistes. Cette loi est critiquée depuis son adoption pour restreindre la liberté d’expression par des restrictions vagues et des sanctions sévères, et l’on constate une forte augmentation des plaintes pour incitation à la haine et sectarisme en ligne.
Cependant, les menaces les plus graves proviennent de l’extérieur du cadre gouvernemental, en raison de problèmes de sécurité, de violences sectaires, de griefs persistants liés à la guerre et de l’instabilité régionale. SJA a recensé l’assassinat de trois journalistes et les blessures infligées à deux autres en mai, juin et juillet 2025 par des individus identifiés. Par ailleurs, plusieurs journalistes ont survécu à des attaques israéliennes dans le sud de la Syrie ou ont été détenus temporairement par les forces israéliennes.
Modèles économiques des médias
En raison de décennies de régime autoritaire, de plus de dix ans de guerre et de sanctions internationales, les médias syriens dépendent désormais fortement, voire exclusivement, de financements extérieurs. Si les organes de presse affiliés au gouvernement bénéficient d’un soutien officiel, les médias indépendants dépendent de l’aide internationale. Par ailleurs, certains médias sont soutenus par des puissances régionales, comme Syria TV, financée par le Qatar. Cependant, l’allègement récent des sanctions pourrait permettre de générer des revenus publicitaires, notamment sur les plateformes et applications de réseaux sociaux.
Médias indépendants : situation et défis
La renaissance des médias indépendants est l’une des conséquences les plus importantes de la révolution de 2011. Parmi les plus notables encore actifs figurent Enab Baladi, Al Jumhuriya, Syria Direct, Syrian Investigative Reporting for Accountability Journalism (SIRAJ), Radio Rozana et Radio Arta. Outre leur dépendance aux financements internationaux, tous ces organes de presse – à l’exception d’Enab Baladi, qui a annoncé en mars 2025 la reprise de son impression et de sa distribution à Damas – sont exclusivement disponibles en ligne, ce qui limite leur portée et leur influence. Selon Datareportal, le taux de pénétration d’Internet en Syrie était de 35,8 % de la population totale début 2025. Plus important encore, ces médias doivent relever le défi d’évoluer et d’influencer un environnement extrêmement polarisé sans compromettre leur objectivité ni leurs autres normes professionnelles.
L’éducation aux médias : développement et défis
La recrudescence de la désinformation et des fausses informations, conjuguée au changement de régime en Syrie, a stimulé l’intérêt pour l’éducation aux médias. Le projet le plus récent et le plus notable est le Laboratoire syrien d’éducation aux médias . Cependant, à ce stade préliminaire, il semble encore principalement axé sur les journalistes.
Genre et médias
Le soulèvement de 2011 a marqué un tournant dans la participation des femmes syriennes aux médias. Cependant, selon une étude de 2016, seules 38 % d’entre elles occupaient des postes à responsabilité. Grâce au soutien des médias indépendants syriens et des bailleurs de fonds internationaux, des efforts notables ont été déployés au cours de l’année écoulée pour renforcer la capacité des femmes journalistes à travers divers programmes de formation et de bourses.
Couverture des questions environnementales
Bien que les médias syriens spécialisés dans les questions environnementales soient rares, voire inexistants, ces préoccupations semblent être une priorité pour les médias et les journalistes existants. Cette prise de conscience et cet intérêt croissants s’expliquent par trois facteurs principaux : les effets environnementaux dévastateurs de la guerre de ces dernières années, les conséquences néfastes évidentes du changement climatique – notamment la sécheresse – et le soutien croissant des bailleurs de fonds au rôle des médias dans la sensibilisation du public et la recherche de solutions.
Couverture du sujet des migrations
Après des années de guerre, la Syrie est devenue un pays d’origine plutôt qu’une destination pour les réfugiés. Toutefois, la question migratoire des réfugiés palestiniens, arrivés dans le pays après la première guerre israélo-arabe de 1948 et qui bénéficient depuis lors de tous les droits civils (mais pas de droits politiques), à l’instar de leurs compatriotes syriens, pose problème. Dans ce contexte, les médias syriens couvrent librement et favorablement toute situation concernant les Syriens-Palestiniens.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
Trois positions distinctes se dégagent au sein des médias syriens concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Parmi les organes de presse indépendants en exil, certains estiment que l’IA dénature l’essence même du journalisme. D’autres, à l’inverse, sont convaincus qu’une utilisation judicieuse de cette technologie pourrait améliorer la qualité et la portée des médias. Par ailleurs, en raison de nombreux problèmes techniques, notamment une connexion internet insuffisante, les médias locaux semblent incapables de participer à ce débat.
Yémen
Index de Reporters sans frontières (dernière mise à jour) : Le Yémen figure parmi les pays les plus mal classés au niveau mondial. 154e sur 180 pays.
Indice Freedom House : Not Free , avec un score total de 10 sur 100 , y compris 1/40 pour les droits politiques et 9/60 pour les libertés civiles.
Indice de perception de la corruption (Transparency International) : Le Yémen classé 17,3e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption.
Liberté d’expression
Depuis le début du conflit, la liberté d’expression au Yémen s’est fortement dégradée et le travail journalistique est devenu extrêmement dangereux, voire criminalisé. Dans les zones contrôlées par les Houthis, une rhétorique hostile présentant les journalistes comme une menace pour la sécurité a conduit à la quasi-disparition des médias indépendants et à la transformation de ces zones en espaces médiatiques fermés. Dans les zones contrôlées par le gouvernement internationalement reconnu et ses forces alliées, des violations persistent à des degrés divers, témoignant de l’absence d’un cadre national efficace pour protéger la liberté d’expression.
Entre 2015 et fin 2025 , plus de 2 629 violations des droits des journalistes et des professionnels des médias ont été recensées, dont 69 homicides et 531 cas d’arrestation ou de disparition forcée . L’année 2025 reste l’une des plus meurtrières, avec 15 homicides , soit le bilan annuel le plus lourd depuis le début du conflit.
Fin 2025, 11 journalistes restaient détenus en raison de leur travail journalistique, dont 10 par le groupe Houthi et un par le Conseil de transition du Sud à Aden , certains ayant passé près d’une décennie en détention sans procès équitable.
La répression numérique aggrave encore ces violations. Depuis 2015, le Yémen subit des coupures d’internet répétées et le blocage de sites d’information et de plateformes de communication, notamment dans les zones contrôlées par les Houthis. Compte tenu de la forte dépendance de la population à un fournisseur d’accès internet unique, même des coupures partielles ont des répercussions à l’échelle nationale, compromettant l’accès à l’information et à d’autres droits fondamentaux tels que l’éducation et la santé.
Droit des médias (évolutions récentes)
Au Yémen , aucune mise à jour législative n’a été adoptée concernant les médias ou le numérique ces dernières années, y compris en 2025 , en raison de la paralysie législative engendrée par le conflit et la fragmentation politique. Dans les faits, les autorités de facto – notamment le groupe houthi – ont imposé des mesures administratives et sécuritaires restrictives, telles que des licences obligatoires, des redevances officieuses et des exigences intrusives de divulgation d’informations détaillées sur les sources de financement et le personnel des médias. Ces mesures s’accompagnent de menaces explicites de fermeture, de confiscation et d’interdiction des organes de presse non conformes, réduisant encore davantage l’espace pour le journalisme indépendant.
Pluralisme
Au Yémen, le pluralisme des médias a subi une grave érosion structurelle. Dans les zones contrôlées par les Houthis, il est quasiment inexistant : la plupart des médias non alignés sont fermés, confisqués ou bloqués. Les journalistes sont contraints de quitter la profession, de travailler sous pseudonyme ou d’opérer via de petites plateformes peu visibles, ce qui engendre une forme de « pluralisme caché » à la portée publique minimale.
Dans les régions relevant d’un gouvernement internationalement reconnu , il existe une marge de pluralisme relativement plus large, mais fragile. Cependant, la plupart des médias restent tributaires de financements politiques ou partisans, tandis que les initiatives indépendantes sont confrontées à des pressions sécuritaires, financières et professionnelles qui limitent leur pérennité et leur capacité à représenter la diversité des voix de la société.
Censure et autocensure
Au Yémen, la censure est principalement appliquée par des pratiques informelles et coercitives, notamment aux points de contrôle. Selon le rapport 2025 de l’Observatoire de la liberté des médias ( Marsadak ) , 76,2 % des journalistes ont subi des fouilles de leurs appareils électroniques et 51,5 % ont déclaré avoir été victimes d’extorsion financière directe.
Ces pratiques ont alimenté une autocensure généralisée : 69 % des journalistes ont signalé des difficultés à couvrir l’actualité sur le terrain, tandis que 12 % ont cessé tout déplacement par crainte de violations. De plus, 81,8 % des journalistes concernés n’ont pas signalé les abus, invoquant la peur des représailles et l’absence de mécanismes de responsabilisation. En pratique, la simple possession de contenu journalistique ou de communication professionnelle est devenue un tabou.
Désinformation et mésinformation
D’ici 2025 , les journalistes au Yémen évoluent dans un environnement informationnel fortement saturé de désinformation et de mésinformation, qui accompagnent désormais la couverture quotidienne des développements politiques, militaires, économiques et humanitaires.
D’après les données de la plateforme de vérification des faits Hakikah , 169 articles de vérification ont été publiés en 2025 , dont 125 classés comme contenus trompeurs et 37 comme contenus faux . Cela témoigne de l’ampleur et de la persistance de la désinformation, qui affecte aussi bien les journalistes que le grand public.
Bien que plusieurs initiatives locales s’efforcent de lutter contre la désinformation (9 initiatives clés), les efforts restent largement réactifs – axés sur la démenti des contenus après leur diffusion – plutôt qu’intégrés aux politiques des rédactions ou aux systèmes de vérification avant publication, principalement en raison de financements et de capacités institutionnelles limités. Néanmoins, des initiatives de formation ciblées ont contribué à renforcer les compétences de vérification des journalistes.
Accès à l’information
Au Yémen, malgré la loi sur le droit d’accès à l’information (loi n° 13 de 2012) , les journalistes se heurtent à de graves obstacles pour accéder à l’information officielle. Dans les faits, sa mise en œuvre est inexistante : les demandes d’information sont systématiquement ignorées ou refusées, les institutions gouvernementales ne disposent pas de services d’information opérationnels et aucun organe de contrôle indépendant n’est chargé d’en assurer le respect. Le conflit, la fragmentation institutionnelle, les risques sécuritaires et le secret profondément ancré restreignent davantage l’accès à l’information, contraignant les journalistes à s’appuyer sur des sources informelles et les exposant à des risques professionnels et juridiques accrus. Le droit à l’information est donc juridiquement reconnu, mais reste, dans les faits, lettre morte.
La sécurité des journalistes
Les journalistes sont confrontés à de graves menaces à leur sécurité, notamment des menaces, des agressions physiques, des détentions arbitraires, la confiscation de leurs appareils et la divulgation forcée de leurs sources, en particulier lorsqu’ils se déplacent entre les gouvernorats ou couvrent des sujets sensibles. Ces risques compromettent leur sécurité personnelle, la confidentialité de leurs sources et renforcent l’autocensure, limitant considérablement le travail journalistique indépendant.
Modèles économiques des médias
Les médias traditionnels dépendent largement de financements politiques ou partisans provenant de parties en conflit ou d’acteurs qui leur sont affiliés, ce qui limite leur indépendance éditoriale et lie leur pérennité à la loyauté politique plutôt qu’à la qualité professionnelle. Les médias indépendants fonctionnent selon des modèles fragiles, reposant sur des subventions internationales, le soutien d’organismes à but non lucratif, une publicité numérique limitée, le bénévolat et, dans de nombreux cas, des activités menées depuis l’exil. Ces médias adoptent des structures flexibles et peu coûteuses pour survivre, mais leur viabilité financière à long terme reste difficile à atteindre.
Médias indépendants : situation et défis
Au Yémen, les médias indépendants se composent d’un petit nombre de plateformes numériques qui, bien que limitées, bénéficient d’une audience très engagée, principalement sur les réseaux sociaux. Si ces médias jouissent souvent d’une plus grande crédibilité que les médias partisans, leur portée et leur influence restent limitées par les menaces sécuritaires, le manque de financement, les contraintes techniques et la censure persistante, ce qui les oblige à fonctionner avec des ressources et un personnel réduits au minimum.
Éducation aux médias
Le Yémen ne dispose pas d’une politique nationale efficace en matière d’éducation aux médias et à l’information (EMI), et cette discipline est largement absente des programmes d’enseignement formel. Les efforts existants sont menés par la société civile et les organisations médiatiques à travers des formations et des initiatives de sensibilisation ponctuelles. Bien qu’importants, ces efforts restent fragmentés et insuffisants pour lutter contre l’exposition généralisée à la désinformation.
Genre et médias
Les femmes journalistes sont sous-représentées et confrontées à des difficultés accrues, notamment des menaces à leur sécurité, des restrictions sociales et des discriminations. Malgré cela, une vingtaine d’initiatives médiatiques menées par des femmes ont vu le jour ces dernières années, contribuant à une couverture plus respectueuse des droits et plus professionnelle des questions liées au genre. Ces initiatives ont un impact qualitatif significatif, mais restent freinées par la précarité financière, les risques pour leur sécurité et une audience limitée.
Couverture des questions environnementales
Les questions environnementales bénéficient d’une couverture médiatique limitée et irrégulière, souvent axée sur les catastrophes telles que les inondations, la sécheresse et la pénurie d’eau, plutôt que sur les enjeux de développement structurel et de droits humains. Néanmoins, des plateformes spécialisées – comme Holm Akhdar , Rif Yemen , Sadd… Climate, the Spirit of the Earth et le Réseau yéménite de transition vers les énergies renouvelables – ont contribué à pérenniser le journalisme environnemental, même si leur impact global reste limité au regard de l’ampleur des défis environnementaux auxquels le Yémen est confronté.
Couverture des migrations
La couverture journalistique des migrations et des déplacements de population est entravée par l’insécurité, l’accès restreint aux zones de transit, le manque de données officielles et la crainte des migrants de témoigner. Le manque de ressources et de formations spécialisées limite encore davantage les reportages approfondis, ce qui donne lieu à une couverture souvent épisodique et réactive aux crises plutôt qu’à un travail d’analyse soutenu.
Développement et utilisation de l’IA dans le secteur des médias
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur médiatique yéménite demeure limitée et progressive, se limitant principalement à la vérification des faits, à l’analyse de contenu, à la traduction, à la transcription et à la validation des documents visuels. Les outils d’IA sont utilisés comme outils d’aide à la rédaction plutôt que comme substituts éditoriaux. Des initiatives de formation ont permis de sensibiliser le public au potentiel et aux risques de l’IA, mais son adoption à plus grande échelle est freinée par la faiblesse des infrastructures numériques, le manque de financements et l’absence de cadres réglementaires éthiques et professionnels.