DARAJ, le média alternatif qui monte….

Dans son bureau situé au sein d’une vieille bâtisse en pierres restaurée du quartier branché de Mar Mickaël à Beyrouth, Alia Ibrahim anime, en véritable chef d’orchestre, l’équipe de journalistes de DARAJ, un média qui a réussi, en quelques années, à conquérir une audience croissante dans tout le monde arabe. Elle est aussi en contact étroit avec les correspondants de DARAJ basé un peu partout dans la région. L’ambiance est celle d’une rédaction en ébullition qui sent bon la cardamone des tasses de café libanais qui parsèment les bureaux des journalistes. Une rédaction qui vit autant à  l’heure des soubresauts politiques du Liban que de ceux de l’Egypte, de l’Irak ou des autres pays de la région. Ici, on ne fait pas du journalisme comme ailleurs.

DARAJ, qui est le mot pour désigner un « escalier » en langue arabe. , est une média en ligne indépendant qui propose des contenus journalistiques alternatif en langue arabe, libres des influences politiques et économiques qui contrôlent l’industrie des médias grand public dans la région. L’idée de créer DARAJ a été lancée en 2016 par un groupe de journalistes qui estimaient que les médias traditionnels ne couvraient pas de manière satisfaisante les mouvements du printemps arabe dans la région. Sept ans plus tard, une équipe de 27 journalistes basée à Beyrouth et un réseau de plus de 300 journalistes « freelance» du monde entier travaillent ensemble pour faire vivre à travers leur plateforme le journalisme de qualité en langue arabe. Ils se concentrent sur des sujets peu traités dans les médias classiques tels que les droits des minorités, les questions environnementales et climatiques, les identités de genre ou encore les discriminations et violences envers les femmes, etc…

DARAJ est enregistré en tant qu’entreprise à but lucratif, non pas pour engranger des profits, mais avec l’objectif d’être à terme suffisamment viable financièrement parlant pour porter et développer l’ambition initiale : la création de contenus journalistiques de qualité. A son lancement, DARAJ a pu bénéficier de financements internationaux qui ont permis de lancer le projet. Aujourd’hui, DARAJ génère jusqu’à 30 % de ses revenus totaux à partir de ses diverses activités, telles que le conseil, la production de contenus, les services, etc., tandis que les 70 % restants proviennent du financement des donateurs et des partenaires pour couvrir les coûts de fonctionnement de l’organisation ( Salaires, factures d’électricité…etc).

DARAJ reçoit également des subventions pour développer des projets spécifiques avec des acteurs du développement des médias. Son approche de financement stratégique permet à DARAJ de rester viable et indépendant ainsi que transparent vis-à-vis de ses lecteurs.

Alia Ibrahim, qui travaillait auparavant dans un média grand public avant de créer DARAJ, constate chaque jour que travailler pour un média indépendant lui permet de se déplacer plus librement, de tester, de parler de certains sujets, d’être plus expérimentale et de créer un journalisme d’impact.

DARAJ développe parallèlement ses collaborations dans la région. Ainsi, en partenariat avec d’autres médias tels que Raseef22 (Liban), Watara podcast (Liban) et alhuhood (Jordanie), DARJ vient de lancer la plateforme en ligne MOOR pour évoquer les crises liées à l’eau. Cette nouvelle initiative d’expérimentation vise à informer les jeunes sur un sujet précis qu’est la problématique de l’eau en utilisant  de nouveaux outils médiatiques (gifs, vidéos, infographies, podcasts…).

Développement d’un « média durable » et relations avec les donateurs

Pour Alia Ibrahim, le développement du secteur des médias dans la région doit s’articuler autour de deux axes : miser sur les jeunes et les porteurs d’innovations d’une part ; mener des réflexions stratégiques longues et approfondies afin de développer et consolider des projets médiatiques durables d’autre part.

Avant 2011, le concepts de médias indépendants n’existait pas dans la région et tous les regards étaient les médias grand public faisaient l’opinion. Les printemps arabes ont fait émergé le besoin de couvrir différemment l’actualité du monde arabe. Les attentes du public ont évolué. C’est ce qui a conduit des journalistes à créer de nouveaux médias tels que DARAJ. En quelques années, l’écosystème médiatique dans le monde arabe est devenu plus mature et plus responsable. Aujourd’hui, il existe de nombreux projets médiatiques alternatifs et innovants comme DARAJ. Selon Alia Ibrahim, il faut investir dans ces médias.

Elle considère en outre que le secret de la viabilité financière d’un média repose sur un partenariat mature avec les donateurs et les bailleurs de fonds. Il a ainsi fallu des années à Daraj pour identifier ses stratégies avec tous ses partenaires. Cela permet aujourd’hui à l’équipe de créer une relation de confiance avec les donateurs et les bailleurs de fonds qui sont devenus de véritables partenaires du média. Mais Alia Ibrahim estime qu’il n’est pas facile d’adopter une seule et même méthode de travail avec l’ensemble des donateurs qui viennent de pays différents, qui ont des cultures différentes, des stratégies de développement variées, sans parler des règles et systèmes de reportings qui ne sont pas unifiés. « La meilleure façon de gérer ces différences est de communiquer davantage avec eux », tempère Alia Ibrahim qui ne se décourage jamais et qui met toute son énergie pour les convaincre. Car elle en est certaine : l’avenir des médias et du journalisme de qualité dans le monde arabe est devant nous… Le message est clair : DARAJ et ses équipes ne sont pas encore arrivées en haut de l’escalier et beaucoup de choses restent encore à accomplir !

Lien vers le site de Daraj

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